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Une interprétation européenne et biblique de la crise financière

De la création du monde à la création de la bulle financière

mardi 9 décembre 2008, par Bernard NADOULEK

Dans un monde devenu multipolaire et multiculturel, les différences entre les civilisations offrent un éclairage significatif des écarts d’appréciation des systèmes sociaux, économiques et politiques. Dans cette nouvelle série d’articles, c’est cette grille de lecture multiculturelle que je vais appliquer à la crise financière et économique qui sévit actuellement. Nous avons vu, notamment à travers les premières négociations du G20, des différences d’analyse et de point vue entre les Etats-Unis et l’Europe. C’est cette première comparaison entre les Occidentaux que nous allons illustrer par leur héritage biblique commun. Cet article illustre une vision plutôt européenne, catholique et keynésienne de la crise. Le prochain article illustrera une vision plutôt américaine, protestante et libérale. Nous passerons ensuite aux autres civilisations pour rendre compte des visions du monde chinoise, indienne, musulmane, slave et africaine.


Crime et châtiment

Ainsi, nous avons créé une bulle financière de 516 000 milliards de $. Une bulle dix fois plus grosse que toute la richesse créée dans le monde chaque année. Et la bulle a explosé.

Comme punition de notre arrogance, pour le seul quatrième trimestre 2008, nous avons dû commencer par payer mondialement 5 000 milliards de $ de pénalités pour sauver le système bancaire, passer quelques dizaines de banques et 700 fonds spéculatifs par pertes et profits, puis perdu 25 000 milliards de $ de capitalisation boursière, c’est-à-dire le quart de la valeur financière mondiale de toutes nos actions et obligations. Sans compter la suite : les faillites d’entreprises, le chômage de leurs employés, les maisons saisies par centaines de milliers et les retraites évaporées aux Etats-Unis, les épargnants ruinés de part le monde, les peuples à la dérive subissant les contrecoups de la crise. Maintenant il va encore falloir payer quelques milliers de milliards de $ pour relancer l’économie mondiale sans que le cataclysme financier soit pour autant conjuré. En plus des 1 600 milliards de $ subprimes qui arriveront à échéance en 2009 (estimation controversée), d’autres obligations toxiques comme les 62 000 milliards de $ de CDS (Credit Default Swap), ou encore les crédits à la consommation délivrés par le biais des cartes de crédit, sont loin d’être résorbés. Sans compter les dettes publiques, surtout celles des Etats-Unis, qui s’accumulent également par milliers de milliards, les perspectives de récession, voire de dépression mondiale, la crise monétaire en perspective, etc.

Quel est le sens de cette punition collective qui s’abat sur nous ? Tout se passe comme si le mécanisme de la création, que ce soit celui de la création d’une bulle financière ou de la création du monde, était inséparable du péché originel et de la chute qui en résulte. Revenons donc sur le récit de la création du monde pour essayer de comprendre les rapports entre création, transgression et péché originel. Le récit est connu mais prenons-le au premier degré, en dehors de tout contexte théologique, selon notre simple bon sens, pour comparer la « mécanique » de la création du monde à celle de la bulle financière.

La Genèse

« Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre ». Le premier jour, Dieu créa la lumière et la sépara d’avec les ténèbres, ainsi étaient nés le jour et la nuit. Le deuxième jour, Il sépara le ciel et la terre. Puis, le troisième, la terre et les eaux. La terre reçut la nature en partage, les plantes et les arbres, les fleurs et les fruits. Et Dieu vit que cela était bon. Le quatrième jour, Dieu créa le soleil, la lune et les étoiles, « les luminaires du ciel ». Et Dieu vit que cela était bon. Le cinquième, Il créa les oiseaux dans le ciel et les poissons dans l’eau. Le sixième jour, Dieu créa les animaux, l’homme et la femme. Dieu fit l’homme à Son image, à Sa ressemblance, pour qu’il règne sur terre comme Dieu régnait au ciel. Il dit à l’homme de croître et de se multiplier. Et Dieu vit que cela était très bon. Enfin, le septième jour, Dieu créa la moitié du week-end, la moitié seulement, probablement parce qu’il n’était pas anglophone.

Et, comme Dieu vit que cela était bon, la semaine suivante, dans l’Eden, il s’employa à créer le Club Méditerranée. Dans le Jardin d’Eden, Dieu fit pousser des arbres et des fruits, l’arbre de vie et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Et Dieu mit Adam et Eve, nus, « ils n’avaient pas honte l’un devant l’autre », au milieu du jardin en leur commandant de ne pas toucher au fruit de l’arbre de la connaissance.

Première question : lorsque Dieu dit faire l’homme à Son image, pour qu’il règne sur terre comme Dieu règne au ciel , nous sommes en droit d’attendre une suite où Adam et Eve, capables de création à l’image de leur créateur, et dotés du pouvoir sur terre, seront capables d’accomplir nombre d’exploits glorieux ? Et bien, pas du tout. Après leur avoir promis le pouvoir, Dieu installe Adam et Eve au Jardin d’Eden, comme deux veaux apathiques, sans aucune responsabilité, sans aucune tâche à accomplir, dans la nudité de leur innocence et, de plus, Il leur interdit de goûter au fruit de l’arbre de la connaissance. Pourquoi ? Pour le savoir, revenons au récit.

Le péché originel

Le serpent, «  le plus rusé de tous les animaux », vint demander à Eve si elle pouvait manger tous les fruits du jardin. Eve répondit oui, sauf celui de l’arbre de la connaissance car Dieu leur avait dit de ne pas y toucher « sous peine de mort ». A ce point, il nous faut nous demander ce que vient faire le serpent dans un monde où tout est bon ? Ensuite, pourquoi un tel contraste entre la ruse du serpent et l’innocence d’Adam et Eve, pourtant censés être capables de régner sur la terre ? Enfin, pourquoi Dieu a-t-Il menti, puisque nous savons qu’après avoir mangé la pomme, Adam et Eve ne mourront pas… tout de suite.

Le serpent répondit alors à Eve : mais non, vous ne mourrez pas, vos yeux s’ouvriront et « vous serez comme des Dieux qui connaissent le bien et le mal ». Nous connaissons la suite, Eve goûte la pomme et la fait goûter à Adam et leurs yeux s’ouvrent. A peine installés dans le Jardin, Adam et Eve ont donc transgressé le seul commandement de Dieu ! Or que virent-ils en premier lorsqu’ils passèrent de l’innocence à la connaissance ? Ils virent qu’ils étaient nus et ils cousirent des pagnes en feuilles de figuier. Moralité, dès que nous passons de l’état d’innocence à celui de la connaissance : une main sur les couilles et l’autre sur le portefeuille, surtout en cas de création d’une bulle financière.

Nous connaissons la suite. Dieu constate le Péché Originel. Il faudrait d’ailleurs dire que Dieu savait parfaitement que Son commandement allait être transgressé puisqu’Il est censé être omniscient et connaître toute l’histoire du monde avant même qu’elle ne soit commencée. Il advient alors une lamentable scène de délation originelle : Adam dénonce Eve et Eve dénonce le serpent. C’est Vichy avant l’heure. Dieu punit alors le serpent en le forçant à ramper sur le ventre (il devait donc être un dinosaure avant la punition) et jette l’inimitié entre la descendance de l’homme et celle des reptiles qui deviennent des symboles du mal. Dieu condamne Adam à gagner sa subsistance à la sueur de son front en labourant une terre ingrate, Eve à enfanter dans la douleur et l’humanité tout entière à une limitation de la vie sur terre : « Car tu es poussière et retournera à la poussière ». Puis Dieu chasse tout le monde du Jardin d’Eden qu’Il fait garder par des chérubins à l’épée flamboyante afin de protéger l’arbre de vie.

Au passage, constatons avec regret qu’Adam et Eve étaient vraiment des crétins : s’il avaient commencé par goûter les fruits de l’arbre de vie, ce qui n’avait pas été interdit par Dieu, l’humanité y aurait gagné l’immortalité et nous aurions eu le temps pour la connaissance. Mais non, ces deux buses se sont précipitées sur la première transgression venue, ce qui présage plutôt mal de la suite.

Le récit implique de nombreuses questions. Pourquoi Dieu a-t-Il mis l’arbre de la connaissance au milieu du jardin, s’Il ne voulait pas qu’Adam et Eve goûtent à ses fruits ? Pourquoi a-t-Il attiré l’attention sur cet arbre par Son interdiction, alors qu’Il ne l’a pas fait pour l’arbre de vie ? Pourquoi Dieu, pourtant omniscient, n’a-t-Il pas prévu que le péché originel allait être commis ? Pourquoi, puisqu’Il est omnipotent, ne l’a-t-Il pas empêché ? Si Dieu avait prévu le péché originel et qu’Il l’a laissé s’accomplir, que pouvons-nous déduire de Ses desseins ? Que Dieu est un pervers polymorphe ? Que s’Il avait voulu piéger les deux buses, Il ne s’y serait pas pris autrement ? Enfin, à qui doit être attribuée la responsabilité du péché : à l’infinie faiblesse des créatures, ou à l’infinie puissance du Créateur ? Et le problème ne cesse de se reposer dans tous les épisodes suivants de la Genèse.

De Caïn à Babel

Le cas des frères Caïn et Abel va poser le même type de problème. Caïn est agriculteur et Abel est berger. Caïn fait à Dieu une offrande de fruits de la terre et Abel d’agneaux de son troupeau. Dieu agrée l’offrande d’Abel et refuse celle de Caïn. Caïn est abattu mais Dieu l’enjoint de se reprendre et de dominer le péché tapi dans son âme. Mais Caïn tue quand même Abel et est condamné par Dieu à l’errance perpétuelle. Remarquons d’abord qu’il y a un léger déséquilibre entre la situation difficile de Caïn, l’agriculteur, et celle plus aisée d’Abel, l’éleveur : opposition connue entre le sédentaire supposé industrieux et le nomade supposé volage. Dès lors pourquoi Dieu accepte-t-Il le sacrifice d’Abel et pourquoi refuse-t-Il celui de Caïn ? S’il s’agit d’éprouver Caïn, pourquoi le tenter, le manipuler aux dépens de son frère ? Pourquoi n’avoir pas empêché un aussi funeste dénouement ? Résultat, le premier meurtre fratricide.

L’épisode suivant, celui du déluge, est encore plus brutal. Après avoir créé un monde qu’Il considère comme bon, Dieu, notre personnage principal, s’avise brusquement de la corruption de l’humanité, de ce que la méchanceté de l’homme est grande, que ses pensées se portent chaque jour vers le mal et qu’il ne forge que de mauvais desseins. Et Dieu décide, sans tergiverser, d’effacer, de disperser les hommes sur toute la surface de la terre grâce au déluge. Pour faire bonne mesure, Il sacrifie aussi les animaux. Nous croyons rêver, c’est Dieu Lui-même Qui est censé avoir créé un monde qualifié de bon, c’est Lui Qui est censé être omniscient et avoir tout prévu, c’est Lui Qui est omnipotent et peut tout réparer ! Mais non, Dieu préfère sacrifier l’humanité entière plutôt que de reconnaître Ses carences ou d’y remédier.

Dernier épisode de la Genèse, celui de la Tour de Babel, porte la confusion à son comble. La famille de Noé, seule survivante au déluge, va devoir copuler industriellement pour repeupler le cheptel. Alors les hommes pullulent à nouveau sur la terre. Ils se demandent comment empêcher le Créateur de les anéantir à nouveau et, pour ce faire, ils commencent à construire la Tour de Babel, dont le sommet, en s’élevant dans le ciel, leur permettra de parlementer avec Dieu. Et Dieu, au lieu de parlementer avec Ses créatures leur envoie la confusion des langages ! Auparavant, lorsque les hommes parlaient tous la même langue, les choses allaient déjà mal ; Dieu pense-t-Il améliorer la situation en les empêchant dorénavant de se comprendre ?

Le moins qu’on puisse dire est qu’à l’aune du simple bon sens, Dieu a une conduite pour le moins curieuse. Il semble tenter l’homme à chaque étape de la Genèse et le punit sans mansuétude à chaque faute. Lui, le Transcendant, l’Omniscient, l’Omnipotent, pourquoi n’a-t-Il pas fabriqué un produit de meilleure facture, un homme capable de triompher des épreuves qu’Il multiplie sur sa route ? Pourquoi, dans Son omniscience, n’a-t-Il pas prévu la faiblesse de Sa créature ? Pourquoi, dans Son omnipotence, n’y a-t-Il pas remédié ? Et, surtout, pourquoi a-t-Il introduit le mal sur la terre, alors qu’à chaque étape de la Création, Il nous assure que « cela était bon » ?

De la valeur des valeurs : libre arbitre et transgression

La seule réponse logique à la question de savoir pourquoi Dieu a-t-Il introduit le mal dans la création est : … pour que le bien ait une valeur ! Dieu créé le monde pour faire advenir Son royaume mais, pour qu’advienne ce royaume, il faut que le Créateur soit librement reconnu par Sa créature. En effet, si la reconnaissance de la créature est contrainte, elle n’a aucune valeur. Si l’homme était exclusivement voué au bien, il n’aurait aucun mérite à le faire. Inversement, s’il était voué au mal, personne ne pourrait lui en attribuer la responsabilité. Dieu doit donner le libre arbitre à sa créature, la faculté de reconnaître consciemment le bien ou le mal et de choisir entre ces deux alternatives. C’est d’ailleurs ce qu’avait affirmé le serpent, dont il nous faut réévaluer le rôle dans cette histoire : « …vous serez comme des dieux, qui connaissent la différence entre le bien et le mal ».

Qu’est-ce que la création du point de vue de la créature ? C’est d’abord la transcendance, c’est-à-dire la faculté d’agir sans avoir besoin de raison, de surgir ex nihilo pour créer, comme Dieu, un univers artistique, littéraire, philosophique, scientifique, technologique, financier. C’est ensuite le savoir, reflet imparfait de l’omniscience, et la puissance, version limitée de l’omnipotence. C’est enfin, la faculté d’imposer des règles (ne pas goûter au fruit de la connaissance) ou des lois (les Dix Commandements) car toute création implique un fonctionnement, c’est-à-dire des répétitions régulières, et tout univers repose sur une cohérence, une unité articulée.

Mais la création recèle également la faculté inverse de transgresser les règles. Comment la créature pourrait-elle librement reconnaître son créateur si les règles étaient totalement imposées ? Comment l’homme pourrait-il évoluer s’il ne remettait pas en cause les règles du passé pour inventer ou découvrir celles du futur ? L’aventure de l’homme implique le libre arbitre et le sens de la liberté. Seule la faculté de choisir librement le bien ou le mal donne une valeur à un choix. Et c’est pourquoi Dieu doit en permanence tenter Sa créature pour lui enseigner la liberté !

De ce fait, deux conclusions résultent de ce difficile apprentissage. La première est que la faculté de création est indissolublement liée à la transgression. Chaque création est une transgression de l’ordre ancien. Sans transgression, il ne peut y avoir de libre choix. Sans la faculté de transgresser, il n’y a pas de liberté. Transgression et liberté vont de pair, impossible de penser ou de matérialiser l’une sans l’autre. La seconde est que le péché originel, la transgression de la première règle que Dieu a donné à l’homme, est un fait universel lié à la condition humaine. La transgression est à la fois une condition phylogénétique, c’est-à-dire une condition indispensable au développement de l’espèce humaine, et une condition ontogénétique, c’est-à-dire une condition indispensable au développement de l’individu. Ainsi, l’évolution de l’espèce humaine, tout comme l’évolution de l’individu, est liée à ses capacités de transgression, c’est-à-dire au péché originel, qui est la condition nécessaire et universelle de notre humanité.

Des conséquences de l’interprétation biblique sur la lecture de la crise

A partir de cette liaison entre création et transgression, revenons à la création de notre bulle financière et à la crise qui s’ensuit. A partir du moment où l’on créée une nouvelle bulle - hier technologique, aujourd’hui immobilière et financière, demain avec l’énergie et les ressources naturelles -, celle-ci se développe avec une dynamique qui lui est propre et conduit inéluctablement à transgresser les règles précédemment observées.

Répétons-le, toute création repose sur la faculté d’imposer des règles ou des lois, toute création implique un fonctionnement, c’est-à-dire des répétitions régulières, et tout univers repose sur une cohérence articulée. Un exemple : si, aux Etats-Unis, on veut doper la croissance par la consommation, sans pour autant augmenter les salaires des classes moyennes et inférieures, comment le faire ? En poussant à la consommation à crédit, bien sûr. Il n’a pas fallu aller chercher la réponse très loin puisque c’est comme cela que l’Amérique vit, à crédit, aux dépens du reste du monde, depuis les années 1970. La consommation systématique à crédit est une transgression de la règle d’airain du capitalisme qui veut que la croissance dépende d’abord du travail et de la création de richesses. Mais, une fois cette transgression instituée au prétexte que le crédit est l’oxygène de la croissance économique (ce qui n’est pleinement vrai que quand il sert à l’investissement), la règle du crédit est appliquée à tout va.

On prête à des populations qui ont une solvabilité précaire, voire pas de solvabilité du tout. On leur prête sur l’immobilier, sur l’achat de voitures, sur la consommation. On baisse les taux du crédit, on distribue des cartes de crédit sans compter, on prête à taux variables avec de faibles remboursements à court terme. On fait semblant de croire que les prêts sont garantis par la valeur des biens achetés, sans jamais se demander si l’immobilier peut baisser, rendant les garanties illusoires, ou si les taux de crédit peuvent remonter, en rendant les remboursements insoutenables. Les préteurs, courtiers, banquiers et requins en tout genre convertissent les prêts en actions (la titrisation) ce qui permet, d’une part, de dégraisser les bilans des banquiers de créances incertaines et, d’autre part, d’alimenter les marchés financiers mondiaux avec de nouvelles valeurs dont la sophistication rend le risque difficilement compréhensible et non traçable. Les acteurs financiers inventent de nouvelles assurances bidons, les CDS, dont la valeur témoigne simplement de la confiance qu’un escroc spéculatif accorde à un voleur légal. Et quand la bulle a démesurément gonflé, qu’elle est devenue complètement opaque, qu’elle menace d’exploser, on essaie de vendre en premier ses obligations pour empocher la maximum de bénéfices, en allant même jusqu’à provoquer la panique boursière pour gratter encore quelques profits en jouant le marché à la baisse, jusqu’à l’explosion finale.

Ajoutons à cela qu’à chaque crise, les banques centrales ouvrent les robinets du crédit pour rétablir la confiance des marchés et que le flot de liquidités qui s’ensuit sert à alimenter la bulle suivante. C’est ainsi que, de la bulle technologique à celle de l’immobilier, puis à celle de la finance, nous sommes parvenus à créer un cancer spéculatif de 516 000 milliards de $. Toutes les nouvelles règles et les nouveaux produits financiers créés apparaissent alors dans leur non-sens : une transgression exponentielle, porteuse du désastre.

Une autre leçon doit être tirée du péché originel, de la transgression et de son caractère universel : ceux qui spéculent ne sont pas seulement quelques centaines ou quelques milliers d’escrocs avides, c’est nous tous qui spéculons par procuration, dès que nous avons un compte bancaire, un compte épargne, des produits financiers ou des assurances sur la vie. J’ai expliqué cela dans un article précédent intitulé : « Tous des spéculateurs ? ». De même, nous sommes tous potentiellement utilisateurs de crédits : crédits immobiliers ou crédits à la consommation. Toutes les victimes des subprimes et autres obligations toxiques ont signé leurs contrats, même s’ils n’ont pas pris la peine de les lire, pressés qu’ils étaient de profiter de ce qui apparaissait alors comme une véritable aubaine. Même s’il faut punir sévèrement les escrocs incompétents qui ont eu un rôle majeur dans la crise, ne nous illusionnons pas, celle-ci ressort avant tout d’une responsabilité collective.

Des interprétations contradictoires

Dès lors, pour stopper la crise, il n’y a qu’une solution, celle-là même que Dieu imposera avec Ses Dix Commandements : il faut instituer la loi au sein de la création, c’est-à-dire encadrer ou interdire certaines pratiques spéculatives pour éviter qu’elles ne concourent à rendre la croissance de la bulle financière exponentielle et destructrice. Dès lors, contrairement aux Américains qui continuent à croire à la théorie de l’autorégulation par le marché, les Européens ont-ils raison de penser qu’il faut revenir à l’action régulatrice de l’Etat et de la loi ? Nous y reviendrons dans un prochain article avec l’héritage gréco-latin de la loi, du droit et de l’Etat.

Pourquoi les Américains, aussi chrétiens que les Européens, ne parviennent-ils pas aux mêmes conclusions sur la nécessité d’une régulation mondiale des marchés financiers ? C’est parce qu’ils raisonnent à partir d’une autre interprétation biblique, protestante celle-là, fondée sur la doctrine de la prédestination. Ce sera l’objet de mon prochain article.

Décidément, avec ces interprétations bibliques, il faut que je songe à fonder une secte : pas de matières premières, pas de stocks, des croyances gratuites plutôt que des créances douteuses et des chèques en blanc sur l’au-delà, sans possibilités d’audits contradictoires sur le paradis !

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