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Civilisation africaine : idées-clefs.

Résumé des idées-clefs des 8 articles précédents

vendredi 17 janvier 2014, par Bernard NADOULEK

La plus vieille civilisation de l’histoire permet de reconstituer la genèse des cultures et de voir émerger les notions de famille, de société, de religion, d’économie, de politique, de stratégie. La civilisation africaine se caractérise par la coexistence de cinq formes de société dont les modes de vie se construisent successivement en fonction de leurs aires géoclimatiques. La société "de l’Arc" (chasseurs-cueilleurs nomades), puis celle "des Clairières" (agriculteurs semi-nomades de la forêt tropicale), "des Greniers" (agriculteurs sédentaires de la savane boisée), "de la Lance" (pasteurs nomades de la Région des Grands Lacs) et "des Cités" (dans l’ouest subsaharien). Ces sociétés vont progressivement créer une culture commune, fondée sur la coexistence et la coopération. Autres facteurs communs, l’animisme et la magie nous montrent comment le monde visible (nature et sociétés) interagit avec le monde invisible (dieux, forces occultes, ancêtres morts). Mise à mal par la traite des esclaves, le colonialisme, l’accentuation des antagonismes ethniques, la corruption de ses élites et le pillage de ses ressources, l’Afrique est aujourd’hui en péril. Ses ressources naturelles et démographiques pourront-elles lui permettre de développer son propre modèle politique, économique et culturel ?


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Famille et société. L’unité sociale de base est la famille : unité de production, réseau de solidarité et de protection. La famille se construit jusqu’à former un réseau complexe de solidarités sociales. Les premiers groupes de chasseurs-cueilleurs constituent une famille horizontale, où les enfants sont pris en charge en commun. Le lignage apparaît chez les sédentaires avec l’extension verticale de la parenté qui fait remonter la généalogie jusqu’à un ancêtre mythique auquel est rendu un culte. Il constitue une société solidaire qui coopère avec les autres lignages par le partage des ressources et la participation des doyens à l’assemblée des patriarches détenant l’autorité. Quand un lignage s’étend trop, on opère une scission en changeant d’ancêtre de référence. Les classes d’âge constituent une structure horizontale d’éducation et d’initiation. Les castes (nobles, prêtres, paysans, artisans et esclaves) sont formées à partir de liens tribaux, religieux et économiques (monopole des métiers). La généralisation du système de castes n’entraîne pas trop d’antagonismes sociaux car les droits et les devoirs de chaque caste s’équilibrent. Malgré les déchirements ethniques et sociaux résultant du colonialisme, la coopération se maintient aujourd’hui à travers une conception étendue de la famille qui s’étend à l’ensemble de la société.

Lire l’article précédent sur la famille africaine.

Religion. L’animisme est la croyance en une force vitale qui anime tous les êtres et les choses, tant dans le monde visible qu’invisible. Le monde visible comprend les hommes et la nature. Chaque phénomène du monde visible a son explication dans le monde invisible où se mêlent les divinités, les esprits de la nature et les ancêtres morts. La force vitale qui anime l’univers, fonctionne dans des cycles de croissance et de décroissance. Il y a croissance si l’homme respecte la nature, les interdits des dieux et les rites. La violation d’un interdit entraîne une rupture de l’ordre cosmique et des maux pour les humains. Rites, offrandes et sacrifices rétablissent l’ordre et apaisent les dieux. Pour gagner la bienveillance des dieux, la religion est une forme de négociation constante menée par les magiciens et les féticheurs. L’initiation leur donne accès au sacré par l’ascèse, la possession ou la transe. Le pouvoir des dieux n’est pas illimité, les hommes disposent de moyens pour agir : le pluralisme des forces occultes permet de multiplier les allégeances et de neutraliser les dieux en les opposant. Les ancêtres morts protègent leurs descendants et leur invocation augmente la force vitale du clan. Les religions musulmanes et chrétiennes sont entrées en Afrique et ont été infiltrées par l’animisme et la magie.

Lire l’article précédent sur l’animisme.

Magie et stratégie. La tradition africaine la plus spécifique de la stratégie est l’emploi de la magie (commune à toutes les sociétés primitives et encore présente dans les sociétés contemporaines). Les conflits ou les guerres sont précédés par la consultation des augures, puis par des rites et des incantations, pour s’adjoindre les forces de l’invisible. Esprits maléfiques, corps astraux des guerriers et totems animaux sont conviés à prendre part à la bataille. Malédictions et sortilèges s’ajoutent aux armes du conflit. La magie permet de prévoir les événements et de les anticiper, d’abolir le temps et l’espace, d’utiliser des lois (contagion par le contact, similarité par imitation, contrariété utilisant les antagonismes). A partir de croyances partagées, la magie a des effets bien réels, le premier d’entre eux étant la terreur qu’elle inspire. La magie est également utilisée pour maintenir la cohésion des sociétés : elle supplée aux carences du pouvoir en faisant respecter des normes sociales par peur de sanctions surnaturelles. Magiciens, sorciers, devins, sont des experts qui acquièrent leurs pouvoirs dans des rites d’initiation. Au cours de voyages initiatiques, ils sont symboliquement dépecés par les dieux et réincarnés en esprits de tutelle. La magie réside aussi dans le pouvoir du verbe, qui permet au Griot de dénouer les conflits.

Lire l’article précédent sur la stratégie et la magie.

Economie traditionnelle. L’économie la plus vieille de l’histoire se distingue par la coexistence de modèles traditionnels qui s’étendent sur un immense espace constitué de niches géoclimatiques déterminant leur spécificité et qui, de ce fait, coopèrent sans s’uniformiser. Ces cinq sociétés traditionnelles sont : la Société de l’Arc (chasse et cueillette), la Société des Clairières (agriculture semi nomade), la Société des Greniers (agriculture sédentaire), la Société de la Lance (élevage) et la Société des Cités (commerce et artisanat). La colonisation a déstabilisé ce système autosuffisant et sapé son développement en faisant de l’Afrique un réservoir d’esclaves, de matières premières et de produits agricoles à faible coût et à haute rentabilité. Elle n’a créé d’infrastructures que dans les secteurs les plus rentables (mines et plantations). Capitaux et techniques restent aux mains des Européens ou de prête-noms africains corrompus. Le sous-développement de l’économie s’est aggravé avec les indépendances nationales et une dépendance accrue au marché mondial. La misère pousse les paysans vers les villes où l’économie souterraine est souvent la seule issue. Les solidarités traditionnelles se reconstituent dans les ghettos urbains et dans cette économie souterraine qui demeure le seul secteur dynamique de développement et de redistribution.

Lire l’article sur l’économie traditionnelle.

Economie contemporaine. Appauvrie depuis les indépendances, l’Afrique s’est urbanisée sans s’industrialiser. Hier autosuffisante, l’agriculture est minée par la désertification, l’épuisement des terres cultivables et l’exploitation des campagnes au profit des villes. Les ressources nationales ont été dilapidées par des dirigeants corrompus. Malgré ce recul, la situation est contrastée. Certaines régions produisent des surplus agricoles mais sont entravées par les problèmes de transport et de concurrence face aux exportations occidentales subventionnées. L’industrialisation reste limitée mais des pôles régionaux de croissance et des initiatives se dessinent, notamment en Afrique Australe. Le dynamisme de l’économie souterraine, seul facteur commun aux sociétés africaines, permet la création de nombreuses micro-entreprises ainsi que la formation d’une classe d’entrepreneurs qui s’adaptent en souplesse aux conditions locales. A terme, un marché de 1,5 milliard de consommateurs en 2025 devrait susciter des vocations chez les entreprises et les investisseurs. L’Afrique vit aujourd’hui de ses ressources naturelles, dont la plus grande partie est captée par l’Occident et l’Asie. Mais ce néocolonialisme suscite des réactions hostiles dans les pays africains qui tentent de développer leurs propres modèles économiques.

Lire l’article précédent sur l’économie contemporaine.

Lire l’article précédent sur les entreprises africaines.

Politique traditionnelle. Pendant le paléolithique, les chasseurs-cueilleurs n’ont pas de chef. Bien que les experts aient un pouvoir de décision lié à l’expérience de la chasse, de la cueillette ou au choix du site du camp, le groupe fonctionne sans pouvoir institué. Idée étonnante pour les Occidentaux, qui associent ordre et autorité : la société la plus vieille de l’histoire fonctionne sans coercition ! La petite taille des groupes humains facilite les choses pour se passer de chef mais, même lorsque les sociétés africaines vont s’élargir et évoluer vers des structures plus hiérarchiques, le rôle du chef sera contrebalancé par une conception de l’autorité qui repose sur des décisions prises selon des règles d’égalité et d’unanimité. Dans la Société des Clairières, avec son assemblée des patriarches, ou dans la Société des Greniers, avec son conseil de chefferie, la palabre doit permettre de rapprocher les points de vue, de concilier les antagonismes et de favoriser l’unanimité. Dans les sociétés de la Lance et des Cités, qui vont évoluer vers la monarchie et des structures sociales plus inégalitaires de castes, la coopération reste de règle et la stabilité est assurée par un devoir d’assistance des castes supérieures envers les castes inférieures. Cette voie traditionnelle de la coopération sera brisée par la colonisation.

Lire l’article précédent sur le politique en Afrique.

Politique contemporaine. Les traditions de coopération vont voler en éclats sous les coups des colonisateurs qui vont accentuer les antagonismes ethniques en déstabilisant les pouvoirs traditionnels et en créant des frontières qui réunissent des ethnies rivales sur un même territoire. Les indépendances des années 1960 seront marquées par l’émergence de pouvoirs autoritaires, par les putschs militaires et les régimes à parti unique favorisant les ethnies qui collaboraient avec les colonisateurs, accentuant ainsi le morcellement ethnique, qui perdure. Pendant les années 1970 et 1980, les pays africains n’échapperont pas à une tribalisation de la vie politique qui se dissimule sous les guérillas que la politique des blocs Est/Ouest exporte en Afrique. Au début des années 1990, la démocratie émerge dans des transitions pacifiques inattendues, notamment en Afrique du Sud. Mais des conflits ethniques et religieux meurtriers vont marquer une nouvelle période de durcissement. Les affrontements ethniques s’aggravent, financés par les entreprises occidentales qui achètent des protections locales. Dans les années 2000, il semble pourtant que nombre de pays aient fait de gros progrès de gouvernance. Pour revenir à sa tradition de coopération, l’Afrique doit-elle évoluer vers une démocratie donnant sa place réelle à l’ethnicité ?

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