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Délit d’initiés

Hyènes putrides, mammouths pervers et cyber guerriers

lundi 26 avril 2010, par Bernard NADOULEK

Avec l’affaire de la dette grecque, nous avons assisté à une attaque de hyènes putrides, banques et fonds spéculatifs américains, sur un mammouth pervers, un Etat. Cette agression est fondée sur un délit d’initiés, commis en toute impunité. Pourquoi les hyènes putrides peuvent-elles spéculer avec avidité sans se soucier des mammouths pervers qui devraient théoriquement les punir ? D’abord, parce que les mammouths ont besoin des hyènes pour faire financer leurs déficits ; ensuite, parce que ces financements se font parfois selon les méthodes para légales des hyènes ; enfin, parce que les mammouths ne peuvent donc dénoncer les turpitudes des hyènes sans prendre le risque de dévoiler les leurs. Mammouths et hyènes ont partie liée. Allons-nous continuer à supporter un monde où les profits des banques sont privatisés et leurs pertes socialisées, alors que l’épargne des citoyens est socialisée par l’impôt et qu’ils encaissent leurs pertes de plein fouet, y compris quand ces pertes sont causées par la spéculation des hyènes ! Les mammouths sont impuissants, mais les cyber guerriers ne le sont pas. Compte tenu de leur nombre et de leurs armes numériques, des millions de cyber guerriers peuvent surveiller et punir les hyènes. Ils peuvent enquêter, mettre une pression médiatique permanente sur leurs opérations. Ils peuvent mener des campagnes de boycott et peut-être même, leur nombre aidant, les attaquer en masse sur les marchés financiers, le tout, contrairement aux hyènes, dans la plus complète légalité.


Sommaire

- Le contexte
- Ouverture de la chasse aux hyènes et aux mammouths
- Rien n’a changé
- Chronique d’une escroquerie légale

- Les hyènes putrides
- Les CDS, une arme de destruction massive
- Les mâchoires du piège

- Les mammouths pervers
- Délit d’impuissance
- Trois scénarios

- Les cyber guerriers
- Cyber citoyens
- Cyber guerriers
- Surveiller et punir

LE CONTEXTE

Ouverture de la chasse aux hyènes et aux mammouths

La crise de l’Etat grec, paraît à première vue hors de portée des simples citoyens. En effet, les protagonistes de cette affaire étant les hyènes putrides (banquiers, gestionnaires de fonds spéculatifs, etc.) et les mammouths pervers (Etats, institutions internationales), le citoyen n’y apparaît aujourd’hui qu’en tant que victime passive d’une crise qui ne se situe pas à son niveau.

Dans mon précédent article, "Les cyber guerriers", j’expliquais que, grâce à la technologie, jamais l’individu, et à plus forte raison, les groupes de citoyens, n’ont eu autant de moyens d’agir sur le monde. Dans cet article, je montre que dans l’affaire grecque ce sont les plus gros protagonistes, les Etats, qui sont impuissants et que les cyber citoyens, pour peu qu’ils deviennent des cyber guerriers, peuvent pratiquer un nouveau sport démocratique : la chasse aux hyènes putrides et aux mammouths pervers.

Entendons-nous. Je ne dis pas que tous les banquiers et les gestionnaires de fonds spéculatifs sont des hyènes putrides. En revanche, je dis qu’il y a des hyènes putrides dans toutes les professions et que c’est bien elles que nous chassons ici, pas les banquiers. De même, je ne dis pas que tous les Etats, les banques centrales et les institutions internationales sont des mammouths pervers. En revanche, comme l’actualité vient de nous le montrer, ils le deviennent parfois, et c’est à ces moments qu’il faut les considérer comme tels et les chasser. La chasse aux hyènes et aux mammouth est donc ouverte.

Rien n’a changé

Un an et demi après le début de la crise, sur le plan financier, rien n’a changé aux Etats-Unis, ni sur la planète finance, bien au contraire. Comme je l’expliquais dans un précédent article, « La finance intouchable », les banques et les fonds spéculatifs sévissent plus que jamais. Et non seulement les hyènes putrides spéculent mais, d’une part, elles le font alors que leurs bilans dissimulent des océans d’actifs toxiques et, d’autre part, que cette spéculation augmente sans cesse la bulle spéculative globale. Une bulle de 450 000 milliards de $, selon les estimations les plus basses, et du double selon les plus hautes. Tout se passe comme si cette fuite en avant était destinée à privatiser le maximum de profits jusqu’à la bulle de trop, celle après laquelle les hyènes seront tenues en laisse. Avec l’attaque contre l’Etat grec, nous avons gravi plusieurs échelons dans la surenchère. Commençons par un rapide résumé avant d’entrer dans les détails.

Goldman Sachs, JP Morgan et plusieurs fonds spéculatifs ont organisé une attaque en règle à coup de dizaines de millions de dollars contre la Grèce grâce à des CDS souverains. Selon les hyènes, les CDS souverains sont des produits financiers titrisés, censés servir d’assurance contre la défaillance d’un Etat émettant des obligations. En réalité, ce sont de purs outils de spéculation, nous y reviendrons. Les objectifs de cette attaque étaient : d’abord de faire le maximum de plus-value sur ces CDS achetés fin 2009 et début 2010 ; ensuite, de faire de nouvelles plus-values lors des prochaines émissions d’obligations des pays européens en difficulté ; enfin, de mettre la pression sur l’euro et les marchés actions pour les jouer à la baisse. En résumé, une attaque "globale" dont les conséquences touchent tous les marchés.

Chronique d’une escroquerie légale

Revenons à l’historique de cette affaire en commençant par l’intervention de Goldman Sachs, JP Morgan et Chase, en Grèce. Pendant les dix dernières années, ces banques d’affaires ont aidé la Grèce à dissimuler des milliards d’euros de dettes aux contrôleurs budgétaires européens. Comment ? En mettant en place des montages financiers sophistiqués permettant à l’Etat grec de réduire le niveau apparent de son endettement pour respecter les critères de Maastricht. Il est clair que le principal responsable de cette escroquerie est l’Etat grec, mais les banquiers lui ont permis, ainsi qu’à plusieurs autres Etats européens, d’emprunter au-delà de ses moyens grâce à des contrats fondés sur le marché des dettes souveraines, un marché très peu régulé. C’est de la "comptabilité créative", euphémisme de hyène, à utiliser pour ce genre d’escroquerie.

En résumé, la Grèce empruntait discrètement dans des paradis fiscaux grâce à un mécanisme d’échange de devises, en donnant en garantie les futures recettes de ses aéroports, de ses ports, de ses autoroutes, de sa loterie nationale, etc., biens communs des citoyens grecs. Avec l’aide des banques américaines, la Grèce maquillait ses comptes grâce à des produits dérivés, elle bradait ses recettes et transformait ses emprunts en ventes fictives. Il va sans dire que ces emprunts devront être remboursés aux banques américaines pendant très longtemps encore. En 2005, par exemple, George Alogoskoufis, ministre des Finances, avait dénoncé devant le Parlement, un montage réalisé en 2001 par Goldman Sachs, montage qui contraignait l’Etat grec à rembourser de grosses sommes à la banque américaine jusqu’en 2019. De plus, pour ce seul montage, la Grèce aurait versé 300 millions de dollars de commission à Goldman Sachs. Une fois leurs escroqueries légales montées, les banques américaines ont donc été grassement rémunérées.

LES HYENES PUTRIDES

Les CDS, une arme de destruction massive

L’attaque de 2010 a été préparée et de longue date. Comment ? Pour attaquer les Etats, il fallait une arme financière sur mesure. Cette arme de destruction massive, c’est le CDS (Credit Default Swap) souverain. Un CDS "normal" est censé être une assurance prise contre les défaillances possibles d’un emprunteur. Lorsqu’il s’agit d’une assurance prise sur une entreprise qui emprunte pour investir, la chose peut se concevoir comme une opération financière classique où des actifs sont donnés en garantie. L’entreprise donne en garantie, par exemple, les machines qu’elle fait financer. Mais avec les CDS souverains, les banques privées prétendent s’assurer contre la défaillance de la dette publique d’un Etat : cela est-il possible ? Les marchés financiers prétendent assurer les préteurs, c’est-à-dire eux-mêmes, contre la dette de la Grèce qui représente quelques 300 milliards d’euros. Or, selon l’Agefi, le montant des CDS assurant la dette grecque pèse 76,6 milliards de dollars. Il est donc impossible que 76,6 millards de dollars de CDS puissent vraiment assurer une dette de 300 milliards d’euros. La fiction ne tient pas, les marchés financiers sont incapables de s’assurer contre les défauts de paiement d’un petit pays comme la Grèce. Et ne parlons même pas de s’assurer contre l’endettement des grands pays, les Etats-Unis par exemple ! Selon les statistiques de la Maison Blanche, la dette publique US, qui avoisinait les 12 300 milliards de dollars fin 2009, devrait franchir la barre des 15 000 milliards en 2011, pour s’accroître encore en 2012.

Les CDS souverains ne sont donc pas des assurances, sauf si l’on accepte l’idée selon laquelle des escrocs peuvent assurer des voleurs. En revanche, les CDS souverains sont de très bons outils pour spéculer, des outils très appréciés par les hyènes putrides. Tellement appréciés qu’ils représentent une part non négligeable de la bulle financière : 62 000 milliards de dollars de CDS sont arrivés à échéance en 2009. Que s’est-il passé ? Les banques et autres fonds spéculatifs étaient bien incapables de payer pour ces obligations pourries ! C’est l’Etat américain et la FED qui s’en sont chargés, c’est-à-dire en réalité les citoyens américains, ceux-là mêmes qui ont vu leurs économies ou leur retraite partir en fumée, leur maison saisie et leur emploi disparaître. Et tout cela dans la crise provoquée par ces mêmes banques qu’ont venait de sauver avec l’argent des impôts des citoyens.

Pour l’attaque de 2010, les banques et les fonds spéculatifs ont donc accumulé les CDS souverains qu’ils avaient eux-mêmes "fabriqués" par titrisation. Ils ont même pu acquérir de nouvelles obligations lors de l’émission de janvier 2010, également titrisées en CDS. En janvier 2010, les commentateurs s’étonnaient du fait que les investisseurs se jettent sur les 8 milliards d’euros d’obligations grecques, alors même que l’Etat grec était au bord de la faillite. Et non, les investisseurs n’étaient pas fous car, compte tenu de ses problèmes l’Etat grec était obligé de proposer un taux d’intérêt très compétitif de 6,2 % (pendant la 3e semaine d’avril, le taux est monté jusqu’à 7,5%). En janvier 2010, 6,2% c’est 3% de plus que, par exemple, le rendement des obligations allemandes, alors que l’écart moyen était de 0,34 % pendant les dix dernières années. D’autre part, les banques et les fonds spéculatifs qui préparaient leur attaque y ont trouvé des munitions supplémentaires. Les armes de destruction massive étaient en place et le piège allait pouvoir se refermer sur l’Etat grec, certes responsable, mais qui s’était laissé prendre par les ruses des hyènes putrides.

Les mâchoires du piège

La crise commence le 9 décembre 2009 avec la dégradation de la note de l’Etat grec qui, selon l’agence de notation Fitch Ratings, passe de AAA à BBB+, puis à BBB plus récemment. Revenons rapidement sur le rôle des agence de notation dont la compétence et l’indépendance se sont si brillamment illustrées depuis dix ans. Premier problème : elles sont rémunérées par les émetteurs des dettes qu’elles sont censées noter. Deuxième problème : elles font une confiance aveugle aux clients qui les rémunèrent et se montrent très compréhensives quand tout va bien. Troisième problème : elles tirent sur les ambulances dès le moindre problème. Tout comme les banques qui vous prêtent volontiers un parapluie quand il fait beau, mais qui vous le reprennent dès que le temps passe à l’orage. De plus, ces agences de notation, qui ne sont pas indépendantes vis-à-vis de leurs clients, sont... interdépendantes : la notation d’une agence s’aligne en général sur celle des deux autres. Cela pourrait paraître rassurant si cela impliquait que, disposant des mêmes informations, elles parviennent à la même évaluation. Ce qui conforterait la sûreté leur jugement. Mais ce n’est pas le cas puisque ces mêmes agences ont souvent fait preuve du même aveuglement, notant AAA des entreprises au bord de la faillite. Les exemples d’Enron ou de Lehman Brothers illustrent parfaitement cette myopie partagée. L’unanimité des notations relève donc plus d’un suivisme bêlant que de compétences financières. Ce sont donc les agences de notation qui déclenchent la curée.

La presse nous apprenait également, qu’avant l’attaque, un mystérieux repas avait eu lieu entre banquiers, ceux de Goldman Sachs et JP Morgan, et quelques gestionnaires de fonds spéculatifs, dont Georges Soros. Pourquoi la presse a-t-elle lourdement insisté sur ce repas ? Après tout, les banquiers sont des hyènes comme les autres, elles aiment se détendre et, accessoirement, partager leurs préoccupations fondamentales : moraliser le monde financier, secourir les victimes de la crise, sortir du court termisme auquel les banques sont vouées par leurs actionnaires, les seuls fautifs... De là à penser que les hyènes confrontent les informations confidentielles glanées pendant leur mission humanitaire en Grèce, ou encore qu’elles mettent au point l’offensive qui leur permettra de tondre Panurge et ses moutons, cela relèverait du délit d’initiés. Ne faisons pas de mauvais esprit.

En fait, les initiateurs du guet-apens savaient qu’en attaquant la Grèce... la Bourse d’Athènes, l’euro et les indices mondiaux s’effondreraient et que la panique s’installerait. Il est très facile de faire des profits quand on peut manipuler les cours. Ce qui fut fait avec d’autant plus d’efficacité que le « flash trading » permettait aux hyènes d’accumuler automatiquement des profits grâce à des logiciels capables de passer des ordres à la milliseconde près en jouant sur des écarts de cotation infimes. Résultat final, les hyènes se sont gavées, mais les citoyens grecs doivent se serrer la ceinture et se soumettre à un plan d’austérité qui vient s’ajouter à leurs nombreuses difficultés.

Première conséquence locale à ce délit d’initiés, et la moins grave, fut que début février une bombe de fabrication artisanale détruisit la succursale grecque de JP Morgan, située en plein centre d’Athènes. Deuxième conséquence locale, 10 milliards de capitaux privés en euros ont quitté la Grèce depuis le début de l’année, ce qui réduit ses capacités de retour à la croissance. Troisième conséquence, européenne celle-là, les banques européennes détiennent 185 milliards d’euros de créances bancaires grecques, de quoi mettre à mal le système financier international si les banques grecques sombrent.

LES MAMMOUTHS PERVERS

Délit d’impuissance

Que font donc les mammouths et la communauté internationale, qui semblent totalement impuissants face aux hyènes ? Comment expliquer cette passivité de la communauté internationale devant ce délit d’initiés ? Les Etats, tels un troupeau de mammouths pervers, ont depuis quelques années un comportement plus qu’ambigu, et je ne parle pas seulement du mammouth grec. Première constatation, les Etats, tout comme les entreprises, ont besoin des banques privées et des fonds spéculatifs, pour financer leurs emprunts. D’où la nécessité de sauver les hyènes. Car les mammouths pervers ne se sont pas privés d’emprunter sans toujours se préoccuper de leurs possibilité de remboursement : il ne s’agit pas seulement de la Grèce, mais de nombre d’Etats européens respectables, et surtout des Etats-Unis, le plus gros emprunteur. Après tout, dans les pays démocratiques, les gouvernements passent, et ce sont les gouvernements présents qui remboursent les dettes de ceux du passé. De ce point de vue, la pression des hyènes a-t-elle été utile ? L’irresponsabilité des mammouths sera-t-elle plus difficile à plaider désormais ? Rien de moins sûr.

Mais il y a plus : les mammouths et leurs banques centrales savaient plus ou moins ce qui se passait. “Dans plusieurs exemples, la titrisation (transformation de créances en titres négociables) semble avoir été délibérément conçue pour obtenir un certain résultat comptable sans tenir compte de l’intérêt économique de l’opération”, dixit en 2008 Eurostat, l’office statistique de l’Union européenne. Alors, s’ils savaient, pourquoi les Etats n’ont-ils rien fait ? Parce que les hyènes et les mammouths ont partie liée. Parce que les Etats utilisent parfois toutes les facilités para légales que leur procurent les hyènes : emprunts dans les paradis fiscaux, produits financiers spéculatifs, comptabilité créative, etc. Les mammouths, coincés par leurs besoins de financement, ne peuvent donc dénoncer les turpitudes des hyènes car ils courent le risque de voir leurs propres dérives mises à jour. D’ou l’impuissance des Européens, impuissance qui renvoie à celle de la communauté internationale. Pardon de le dire aussi crûment, les gesticulations actuelles d’Obama et de Sarkozy, effleurent à peine le problème. La plainte de la SEC, l’autorité de régulation des marchés, contre Goldman Sachs est également bien timide, puisqu’elle ne concerne que la fraude sur les produits dérivés de l’immobilier et laisse le champ libre à la banque qui continue de spéculer tous azimuts. Espérons que je me trompe.

Allons plus loin encore, avec le rôle de la Banque Centrale Européenne, qui malgré quelques rodomontades, est restée les bras croisés. Pourquoi cette passivité ? Parce que la BCE n’est pas fâchée de la baisse de l’euro. Elle fait ainsi d’une pierre trois coups : cela améliore la compétitivité de l’industrie européenne et de ses exportations, cela lui permet de resserrer la politique monétaire sans être accusée d’étouffer la reprise et cela donne une bonne leçon à la Grèce qui a intégré la Zone euro en falsifiant sa comptabilité publique. Ce qui est le comble de l’hypocrisie puisque, comme il est dit au paragraphe précédent, la BCE et Bruxelles le savaient à l’époque, même s’ils ne pouvaient dénoncer la Grèce sans ouvrir la boîte de Pandore !

Ce délit d’impuissance des mammouths a permis aux hyènes d’asphyxier la Grèce en faisant monter le rendement de ses obligations au dessus de 7,5%. Rappelons encore que, même si la responsabilité de la crise revient en premier lieu à l’Etat grec, les hyènes qui sont à ses trousses sont celles-là mêmes qui ont provoqué la bulle de 2008 par leur cupidité, qui continuent à dissimuler leurs propres dettes, dans des bilans truqués, qui ont aidé l’Etat grec à tricher en étant grassement payées pour le faire et qui ont commis un délit d’initiés avec leur attaque depuis janvier.

Finalement, après avoir donné un triste spectacle d’impuissance pendant plus de trois mois, les Européens sont parvenus à un plan pour sauver l’Etat grec. Un prêt de 30 milliards sur trois ans, à 5% : c’est moins que les 7,45% atteints récemment, mais assez pour que les préteurs européens fassent de jolis profits ; un sauvetage qui rapportera gros... si la Grèce ne coule pas, ce qui n’est pas encore gagné. L’euro groupe a été incapable de faire cause commune mais, entre prêts bilatéraux et appel au FMI, une solution a été trouvée et la pression sur la Grèce et ses taux d’intérêts s’est relâchée pour un temps. Le mammouth hellénique, une espèce particulièrement perverse, a pu émettre 1,2 milliard d’euros de bons du trésor à 4.85% par an sur lesquels les hyènes se sont ruées. Mais, en fin mai, la Grèce devra encore emprunter 12 millards d’euros pour se maintenir. Les taux pourraient encore monter. Surtout que les citoyens grecs refusent la cure d’austérité qu’on veut leur imposer pendant que les hyènes maintiennent la pression et sont prêtes à achever les gisants ! Et ce n’est pas tout, le Portugal, l’Espagne, l’Irlande, etc., pourraient très bien avoir sous peu des ennuis du même ordre... Alors, que va-t-il se passer ?

Trois scénarios

Donc la crise n’est pas finie. Quelles sont ses issues possibles ? Même si les choses peuvent encore se régler sans trop de dommages, il y a au moins trois scénarios possibles.

Le premier est dans le prolongement de la tendance actuelle. Les hyènes putrides ont mis au point une méthode pour rançonner les Etats affaiblis. Cette méthode pourra facilement s’appliquer à de nombreux petits pays au sud et à l’est de l’Europe par exemple. Les hyènes sont lâches, elles ne s’attaqueront qu’aux plus faibles, car les grandes puissances ont plus de moyens d’agir et de faire réagir la communauté internationale. Ainsi, la crise grecque serait la première d’une série de crises obligataires qui pourraient déboucher sur le chaos.

Le deuxième scénario, un retournement de la tendance actuelle, est tout aussi pernicieux, mais ce sont les hyènes qui pourraient en être les premières victimes. En effet, les hyènes pourraient tout simplement être confrontées à des refus de paiement des mammouths débiteurs ! Des gouvernements affaiblis pourraient tout simplement refuser de payer des banques étrangères et se préoccuper d’abord des problèmes de leurs citoyens, c’est-à-dire de leur électorat. L’Islande a déjà fait plus qu’un pas dans ce sens. Ce serait d’autant plus facile que les hyènes n’ont aucune légitimité morale aux yeux de la communauté internationale qui les a sauvées il y a un an et demi et qui les voit poursuivre leurs pratiques de spéculations suicidaires. Dans ce cas, ce seraient les hyènes qui tomberaient les unes après les autres et nous reviendrions à la situation de septembre 2008, avec beaucoup moins de sollicitude pour les hyènes et beaucoup plus d’arguments pour une régulation internationale et autoritaire des banques. N’oublions pas que dans l’histoire, notamment européenne, la saisie des biens des banquiers et leur expulsion ont été des méthodes récurrentes employées par les Etats pour effacer leurs dettes. Cependant, après avoir été expulsées, les banques sont toujours revenues, le plus souvent invitées par ces mêmes Etats qui continuent d’avoir besoin d’argent frais et de crédit. Ce deuxième scénario ne peut donc jouer que ponctuellement.

Le troisième scénario est le plus pervers et correspond mieux aux moeurs des mammouths modernes : c’est celui de l’inflation, de la planche à billets tournant à grande vitesse, scénario du pourrissement d’une situation où les dettes continuent d’exister, mais dont la valeur baisse au rythme de l’inflation. C’est le scénario déjà largement entamé par les Etats-Unis.

Mais pourquoi s’en faire ? S’il y a entente cordiale entre les hyènes putrides et les mammouths pervers, et qu’ils trouvent un moyen de colmater les brèches du système, tout ne va-t-il pas pour le mieux ? Non, car il y a un point commun à tous ces scénarios : c’est que leur issue se joue toujours aux dépens des contribuables. Les gouvernements changent, mais les citoyens restent et ils sont, in fine, les seuls à payer l’addition, génération après génération. Alors, allons-nous continuer à supporter un monde où les profits des banques sont privatisés et leurs pertes socialisées, alors que l’épargne des citoyens est socialisée par l’impôt et que leurs pertes sont privatisées, y compris quand ces pertes sont causées par la spéculation des hyènes ? En effet, les particuliers ne peuvent pas, comme le font les hyènes, ouvrir des filiales dans les paradis fiscaux pour y échapper à l’impôt ; leur épargne est donc socialisée de fait, sauf celle des plus riches qui ont les moyens d’organiser leur évasion fiscale. Au contraire des banques, les citoyens prennent leurs pertes de plein fouet : épargne évaporée, emplois délocalisés, retraites laminées, maisons saisies, etc. Alors, que faut-il faire ?

Autre point commun à ces trois scénarios, ils accentueraient le déclin de l’Occident dont le système financier perdrait une grande part de son emprise sur le monde. Pour beaucoup de pays émergents ou en voie de développement, cela ne serait qu’une juste revanche et un soulagement, puisque cela éliminerait une partie de leurs dettes et de leurs débiteurs. Enfin, et surtout, ce déclin de l’Occident accélérerait l’avènement de la Chine comme nouvelle puissance mondiale dominante. Gageons que les méthodes autoritaire du dirigisme chinois, permettraient de remettre très vite les banques au pas. Serait-ce si terrible ?

LES CYBER GUERRIERS

Cyber citoyens

Avant d’entrer dans le détail des tactiques de la chasse aux hyènes ou aux mammouths, trois petits rappels : les deux premiers pour définir les différences entre cyber citoyens et cyber guerriers ; le troisième pour apprécier la force de frappe des cyber guerriers.

Soyons d’abord concrets : quel matériel est nécessaire et combien cela coûte-t-il d’être un cyber citoyen ? Pour les PC, les prix ont nettement baissé avec l’explosion des notebooks, ces petits PC portables d’environ un kilo, dont l’ergonomie et les performances sont devenues très appréciables. Pour avoir un véritable outil multimédia, il faut viser le haut de gamme, avec caméra et micro intégrés, soit entre 250 et 400 €, à amortir sur une période de un à trois ans. J’utilise actuellement un de ces petits notebooks pour mes déplacements car, le pénible avec les portables "classiques" de 3 à 5 kilos, c’est de les porter... Il faut bien sûr ajouter l’abonnement internet, soit 400 à 500 € par an. Pour compléter l’arsenal, mais ce n’est pas obligatoire, il vous faut un smartphone évolué, pas seulement un téléphone mais un véritable outil de travail, connecté et synchronisé avec votre ordinateur, pour disposer de tous vos contacts, de votre planning, de l’accès à votre compte en banque, etc. Le smartphone est plus cher que le PC, soit entre 400 et 700 €, si vous le prenez hors abonnement, le tout à amortir sur une période de un à trois ans. Plus l’abonnement bien sûr, soit 400 à 500 € par an, si vous n’explosez pas vos forfaits. Le coût mensuel, tout compris, avec du matériel amorti sur deux ans, tourne donc autour de 150 € pour être un cyber citoyen. C’est un coût acceptable dans les pays développés. Beaucoup moins dans les pays émergents ou en voie de développement. Mais heureusement, d’une part, les tarifs y sont beaucoup moins élevés et, d’autre part, les compagnies de téléphonie et les fournisseurs d’accès, y donneront pratiquement le matériel pour vendre leurs services.

Bien, nous voilà armés pour la cyber démocratie. Que pouvons-nous faire de ces armes maintenant ? Il faut d’abord un minimum de formation, sauf pour les jeunes qui l’acquièrent naturellement. Le cyber citoyen doit maîtriser suffisamment ses logiciels bureautiques de base (traitement de texte, tableur, messagerie) et la navigation internet pour :
- communiquer (par email, dans des forums, dans les communautés ou les réseaux sociaux),
- s’informer (presse en ligne, moteurs de recherche, encyclopédies en ligne),
- se divertir (jeux en ligne, réseaux sociaux, communautés virtuelles),
- faire ses achats ou régler ses fournisseurs,
- utiliser des moyens de paiement sécurisé (e carte bleue, compte Paypal),
- consulter son compte bancaire,
- paye ses impôts et ses taxes (sites de l’administration), etc.

S’il est un peu plus sophistiqué, s’il veut faire entendre sa voix et optimiser ses possibilités d’action, le cyber citoyen, développera et coordonnera les pages personnelles qu’il crée dans ses communautés de référence, chez tous les acteurs du net qui proposent des pages personnelles gratuites, dans les communautés de blogs, également gratuits, ou dans ses réseaux sociaux. Un exemple avec quelques réseaux sociaux :
- avec Facebook, il communique avec ses "amis", s’en fait de nouveaux et il publie ses photos (qui deviennent ainsi la propriété de Facebook !!!),
- avec Copains d’avant, il retrouve ses amis d’école,
- avec MySpace, il publie ses textes, ses musiques ou ses vidéos,
- avec Twitter, il communique au quotidien, y compris en passant par son smartphone,
- avec LinkedIn, il se fait des relations professionnelles, trouve du travail, etc.

En conclusion, le cyber citoyen utilise au mieux les nouveaux droits numériques que lui offre la cyber planète.

Cyber guerriers

Le cyber guerrier est un cyber citoyen qui va beaucoup plus loin dans les usages qu’il peut faire d’Internet ou de l’informatique et, surtout, qui sait donner un sens global à ses pratiques. Nous pouvons esquisser une définition à partir de trois caractéristiques générales : ses activités spécifiques, sa manière de s’organiser et ses finalités.

Pour ses activités spécifiques, le cyber guerrier dispose de plusieurs dizaines de logiciels pour ses occupations de prédilection. En premier lieu, pour devenir un véritable acteur du net, il peut construire son propre site et acheter son nom de domaine, tous les deux référencés sur les moteurs de recherche. Il faut tout de suite préciser qu’il n’y a plus besoin aujourd’hui d’être informaticien pour construire un site et que, par rapport aux frais fixes de n’importe quelle entreprise, les coûts sont négligeables sur Internet. Les noms de domaine s’achètent entre 8 et 15 € par an, un hébergement professionnel mutualisé est possible à moins de 100 € par an, quant aux logiciels pour créer son site, on peut en utiliser qui sont libres et gratuits. Mon site, par exemple, fonctionne avec SPIP, un CMS (Content Management System) gratuit, qui permet de créer un ou plusieurs sites, d’automatiser la mise en ligne des articles et qui offre un ensemble de fonctions automatisées et très utiles telles que : forum associé à chaque article, gestion des articles à vendre avec Paypal, gestion d’une mailing liste, statistiques de consultation, multilinguisme, etc. Il y a de nombreux CMS gratuits sur le net, chacun avec sa communauté de développeurs, chacun avec ses points forts et faibles. Tapez CMS sur un moteur de recherche et faites votre choix. Avec ce site, amateur ou professionnel, le cyber guerrier peut proposer des produits ou des services. Il dispose également de logiciels spécialisés pour créer des produits numériques qu’il mettra sur son site : textes, photos, musique, vidéo, logiciels, etc. Un site amateur ou professionnel est la façon la plus simple et la moins chère de monter une activité sur le marché mondial. Il faut ensuite faire fonctionner son activité et cela est aussi difficile qu’avec n’importe quelle activité classique. Mais, pour exister individuellement ou professionnellement à une échelle mondiale et multilingue, vous prendrez moins de risques financiers avec un site internet qu’avec la boutique la plus crasseuse, de la rue la plus déserte, du trou le plus perdu de la planète.

Le cyber guerrier a une manière particulière d’agir : que ce soit seul ou avec des communautés, pour des actions permanentes ou ponctuelles, il garde toujours sa pleine indépendance. Il commence par s’occuper de ses propres affaires, car il sait qu’il ne pourra agir dans l’intérêt général que s’il est capable de défendre ses propres intérêts. Le cyber guerrier peut appartenir à des organisations sans s’y soumettre. Il garde la faculté d’agir seul, sans être enfermé dans les routines et les idées préconçues que nos sociétés imposent à chacun. La vie du cyber guerrier est axée sur un défi permanent : construire, au jour le jour, le sens même de sa vie.

Les finalités du cyber guerrier sont élevées, c’est un défenseur des libertés civiles. Ce n’est ni un idéologue, ni un révolutionnaire qui veut substituer un type d’ordre politique à un autre. D’abord parce qu’il est conscient des échecs des modèles révolutionnaires dans l’histoire et de l’effondrement des idéologies. Ensuite parce qu’il est un citoyen du monde réaliste qui voit que la planète comprend différents types de systèmes politiques et qu’aucune idéologie ne peut les englober. Enfin, parce qu’au-delà des barrières géographiques, culturelles et idéologiques, il se sent solidaire de tous ceux que l’on réprime partout dans le monde. Le cyber guerrier n’est pas non plus le défenseur d’une vision abstraite de la liberté ou de la démocratie qui le couperait du reste du monde tout aussi efficacement qu’une idéologie révolutionnaire. Le cyber guerrier est pragmatique, il lutte pour les libertés civiles et concrètes de tous les citoyens du monde opprimés par les hyènes putrides ou les mammouths pervers. Nous allons voir comment.

Avant de passer aux moyens d’actions, évaluons globalement la force de frappe des cyber guerriers. Dans mon précédent article, j’écrivais que si nous considérons que les cyber guerriers représentent 1% des internautes (environ 1,5 millard aujourd’hui, 2,3 milliards d’ici 2012), il y a donc 150 millions de cyber guerriers. En étant encore plus restrictif, c’est-à-dire en considérant que 1% des internautes sont des cyber citoyens et que 10% d’entre eux sont des cyber guerriers, cela nous donne 15 millions. Gardons cette dernière évaluation en sachant qu’elle va évoluer rapidement : d’une part, avec l’augmentation du nombre d’internautes et, d’autre part, avec la montée en puissance des jeunes générations qui produiront des cyber guerriers de plus en plus sophistiqués et efficaces. J’écrivais également que ces cyber guerriers peuvent agir sans s’organiser de manière centralisée, sans que les Etats puissent les contrôler. D’autant que les Etats n’ont aucune raison juridique de le faire puisque les cyber guerriers sont des citoyens qui agissent de manière légale. De quoi 15 millions de cyber guerriers ne seraient-ils pas capables ? Ils peuvent surveiller les hyènes putrides, ils peuvent enquêter, mettre une pression médiatique permanente en œuvre sur leurs opérations. Ils peuvent aussi les punir, mener des campagnes de boycott et peut-être même, leur nombre aidant, les attaquer en masse sur les marchés financiers, le tout dans la plus complète légalité.

Surveiller et punir

Les cyber guerriers peuvent d’abord reprendre des tactiques qui ont fait leur preuves avec les moyens beaucoup plus restreints dont disposaient les associations classiques de citoyens ou de consommateurs. Dès les années 1960, les associations de consommateurs s’organisent à une échelle nationale pour défendre leurs droits par rapport aux entreprises. Ralph Nader, célèbre juriste américain, précurseur et connu pour la défense de causes relevant de l’intérêt public, organisa les premières campagnes de grande ampleur aux Etats-Unis et les premiers procès contre les pratiques abusives de certaines entreprises. Ces associations avaient déjà une efficacité redoutable. Je ne prendrai qu’un exemple, les campagnes de boycott menées à partir des années 1990 contre les entreprises qui, via des fournisseurs ou des sous-traitants étrangers, profitaient des conditions de travail esclavagistes imposées dans certains pays émergents ou en voie de développement, y compris à des enfants. Les grandes entreprises multinationales, voyant leurs marques mises à mal par les campagnes citoyennes, par le boycott et les procès, se sont tout à coup découvert une nouvelle vocation éthique ; elles se sont mises à tenir des discours sur "les valeurs citoyennes de l’entreprise" et, surtout, ont mis en place des organismes de contrôle et cessé de faire appel aux fournisseurs ou sous-traitants incriminés. Il se trouve que j’ai participé à une mission de ce type pour le groupe Auchan, de 1997 à 1999 et que le lecteur peut consulter sur mon site la présentation et le programme du séminaire conçu pour Auchan sur les "Droits de l’homme et de l’enfance". Les cyber guerriers prennent donc la suite d’une tradition qui a fait ses preuves.

Demain, des associations citoyennes et mondiales, comprenant des millions de membres sur toute la planète, auront les moyens de mettre une pression d’une ampleur jamais atteinte par les associations classiques de consommateurs, au nombre de membres plus modeste, et enfermées sur leurs territoires nationaux.

Pour la surveillance des banques, quantité de sites communautaires le font déjà et un des premiers avantages de cette surveillance est que les sites comparatistes nous informent sur les frais que nous comptent les banques, nous permettant ainsi : d’une part, de payer moins cher et, d’autre part, de pousser les banques à la concurrence et à la transparence. Cette surveillance peut largement s’accentuer avec les associations citoyennes qui s’occuperont des manoeuvres souterraines des hyènes putrides, sans hackers ni pratiques illégales. La plus grande partie de l’action des services de renseignements nationaux ou des agences privées de veille économique ou stratégique, provient de l’analyse, du recoupement et de la synthèse d’informations parues dans la presse ou dans les publications spécialisées. Les associations citoyennes utilisent déjà ces méthodes et les utiliseront avec une ampleur accrue grâce aux nouvelles technologies et à l’explosion du nombre de leurs membres dans un contexte mondial.

Il en va de même pour la surveillance des Etats ou des institutions internationales. Dans mon précédent article, j’avais pris l’exemple des luttes contre l’OCDE et l’OMC, deux exemples ou des associations citoyennes ont réussi à bloquer l’action d’Etats et d’institutions internationales. Gageons que les hyènes putrides ou les mammouths pervers, qui préfèrent garder leurs turpitudes dans l’ombre, ne seront pas enchantés de cette surveillance. D’autant plus qu’elle pourra être prolongée, pour les hyènes, par des campagnes de boycott qui auront des conséquences directes sur leur clientèle, les ventes de leurs produits, l’image de leurs marques et sur le cours de leurs actions et, pour les mammouths, par des campagnes politiques, très efficaces en périodes d’échéances électorales.

Mais d’autres méthodes sont également possibles, par exemple des attaques en masse sur le cours des actions des hyènes malfaisantes, ou sur le cours des obligations d’Etat émises par les mammouths. Affabulation ? Une nouvelle catégorie de cyber guerriers opère déjà sur les marchés financiers. Dans un article du 1er juillet 2008, intitulé "Tous des spéculateurs ? ", je décrivais une nouvelle catégorie de compétiteurs boursiers sur lesquels je venais de mener une enquête : des indépendants qui utilisent des plates formes de trading, de chez eux, depuis leur ordinateur, qui sont plusieurs dizaines de millions dans le monde et déplacent des milliards de dollars : 56 milliards de dollars sur les deux premiers mois de l’année 2008, en jouant sur les cours du pétrole et des matières premières. Pour l’instant, ces indépendants agissent uniquement pour leur profit personnel mais, si vous consultez les forums de plus en plus nombreux dans lesquels ils se réunissent, vous constaterez que beaucoup d’entre eux, notamment chez les jeunes, ont des préoccupations citoyennes par rapport à la crise et qu’il se pourrait bien que dans un avenir très proche, ils utilisent leurs compétences financières à des fins plus politiques. Imaginez l’impact massif d’une attaque surprise de cyber guerriers capables de réunir plusieurs milliards de $ pour attaquer le cours de l’action d’une hyène putride ou le cours des obligations d’un mammouth pervers ! Les prédateurs pourraient bien devenir des proies... Mais l’intérêt des marchés financiers est beaucoup plus large pour les cyber guerriers. Je vous explique cela dans le prochain article.

"Surveiller et punir", est le titre d’un ouvrage du philosophe et historien Michel Foucault publié en 1975. Dans cet ouvrage, Foucault dénonce le principe du panoptique, élaboré par le philosophe utilitariste anglais Jeremy Bentham à la fin du XVIIIe siècle. Le panoptique de Bentham est un modèle idéal de prison et, par extension, un symbole du pouvoir que l’Etat exerce sur le citoyen. Le panoptique est un bâtiment carcéral circulaire doté d’une tour centrale d’observation. Les cellules des prisonniers se trouvent sur la circonférence du cercle, équidistante de la tour centrale de surveillance. Le principe est que l’intérieur de chaque cellule de prisonnier est visible de la tour centrale, alors que les gardiens de la tour centrale sont invisibles. Les prisonniers ne peuvent donc savoir à quel moment ils sont surveillés et doivent donc considérer qu’ils sont épiés en permanence, ce qui permet une forte économie de travail aux gardiens et un contrôle permanent de toute tentative de révolte. C’est le principe de l’Etat totalitaire, tel que le décrit Georges Orwell dans son célèbre roman de fiction "1984" : "Big Brother is watching you" !

Or, avec la mondialisation et Internet, le principe du panoptique s’est inversé. La circonférence du panoptique est devenue planétaire et les 6,5 milliards de cellules sont devenues impossible à surveiller simultanément. En revanche, les puissances qui utilisent la tour centrale (institutions internationales, Etats, entreprises multinationales, etc.) sont devenues visibles par tous grâce à la puissance des médias et des technologies de l’information. Résultat, inversion des rôles, ce sont les prisonniers qui sont devenus gardiens et les gardiens prisonniers. Voir sans être vu : c’est dans le principe de ce panoptique inversé que réside aujourd’hui la supériorité des cyber guerriers. Jeremy Bentham doit se retourner dans sa tombe !

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