nadoulek.net : mondialisation, civilisations, stratégie

Accueil > MONDIALISATION > Bibliothèque d’articles > Chroniques de la mondialisation > Ecologie : le buziness comme solution à la crise ?

Ecologie : le buziness comme solution à la crise ?

vendredi 5 novembre 2004, par Bernard NADOULEK


Depuis la révolution industrielle, nous avons inauguré un modèle de développement qui provoque aujourd’hui une pollution généralisée de notre écosystème, un réchauffement climatique qui va profondément le modifier, ainsi que des catastrophes naturelles en série : typhons, pluies diluviennes, sécheresses, incendies gigantesques, etc.

Plus grave encore, nous sommes incapables de savoir si les dommages causés à notre environnement sont réversibles et, dans le cas contraire, comment remédier à des phénomènes qui échappent encore à notre capacité scientifique et technologique. Certes, depuis la première sonnette d’alarme tirée par le Club de Rome avec son rapport « Halte à la Croissance » de 1972, le niveau de conscience de ces risques a augmenté et, aujourd’hui, de timides réactions s’affirment avec le Protocole de Kyoto ou le Sommet de la Terre de Rio. D’autre part, l’évolution de la coopération internationale et la surveillance spatiale par satellites permettront à terme une optimisation de la gestion écologique.

Mais ces premières réactions sont encore loin d’être à la mesure des dangers encourus. Nous savons qu’un certain nombre de pays, les États-Unis en tête (qui est, avec la Chine, le principal producteurs d’émission de gaz à effet de serre), font l’impasse sur cette menace en privilégiant leur développement économique. Nous savons aussi que même si toutes les mesures de Kyoto 1 étaient appliquées, on ne parviendrait pas à empêcher le climat de se réchauffer car, pour cela, il faudrait que les pays industrialisés réduisent leurs émissions d’environ 80 %. Quant au futur Protocole de Kyoto 2, il s’attaquera à une tâche plus difficile encore : contraindre les pays émergents, comme la Chine ou l’Inde, et les pays pauvres, à respecter des mesures plus sévères que celles de Kyoto 1, sans pour autant remettre en cause leur potentiel de développement. Il faut également ajouter que les mesures de Kyoto ne prennent pas en compte la pollution créée par les transports, les automobiles et les avions. De plus, pour les écologistes, les quotas de pollution acceptés par le Protocole de Kyoto sont trop élevés et ne permettent pas d’envisager de vraie solution au problème. Les écologistes ne sont pas les seuls à tirer la sonnette d’alarme, les scientifiques se sont joints à eux.

Le Groupe Intergouvernemental sur l’évolution du climat, issu du Programme des Nations Unies pour l’environnement, qui tente d’établir un diagnostic, prévoit que les émissions de gaz à effet de serre vont augmenter de manière rapide au cours du XXIe siècle, en raison des objectifs de croissance des pays en voie de développement, Inde et Chine notamment. Les réserves de pétrole et de charbon seront intégralement brûlées accroisssant ainsi la pollution et l’altération irréversible de notre écosystème. La pollution des continents et des océans embrasse tellement de domaines qu’il serait vain de vouloir les traiter ci, même rapidement, mais il est clair que nous devons aujourd’hui faire face à l’hypothèse d’une modification irréversible du climat et que seule une coopération internationale poussée pourra permettre d’affronter ce phénomène.

Une des mesures les plus innovantes du Protocole de Kyoto a été de faire de l’adhésion aux mesures écologiques une affaire rentable pour les États membres et pour les entreprises grâce à des « crédits d’émission » de CO2 qui pourront être revendus s’il ne sont pas utilisés. Les États négocient des seuils d’émission puis, en fonction de ces seuils nationaux, attribuent des crédits d’émission aux entreprises. Les gouvernements effectuent un suivi des émissions et les entreprises qui restent en dessous du seuil d’émission fixé peuvent revendre leur crédit d’émission. Au contraire, les entreprises qui dépassent le seuil fixé doivent soit racheter des crédits d’émission aux entreprises « propres », soit payer des amendes. C’est cette « rentabilité écologique » qui a poussé la Russie à adhérer au Protocole de Kyoto en novembre 2004. L’adhésion russe s’explique en partie par le fait qu’on l’autorise à émettre 2,4 milliards de tonnes de CO2 dans l’atmosphère, soit autant qu’en 1990. Or, depuis l’effondrement de son économie, la Russie a limité ses émissions à 1,5 milliard de tonnes et, à l’avenir, elle pourra revendre ses droits d’émission restants pour un montant évalué à 10 milliards d’euros.

Face à un tel potentiel de rentabilité écologique, une première bourse d’échange des droits d’émission de CO2 a été créée en 2002 au Royaume-Uni et les échanges sont passés de 100 millions de dollars en 2002 à environ 400 en 2004. Même les États-Unis, qui n’ont pas signé le traité et qui voient leurs entreprises obligées d’appliquer ces normes dans leurs filiales étrangères, ont intérêt, pour des raisons de rentabilité, à adopter les normes à l’échelle de l’ensemble du groupe et, d’autre part, à acheter des crédits d’émission avant que les prix ne commencent à augmenter.

Pourquoi la mesure des « crédits d’émission » de CO2 et l’effet de marché qu’elle provoque, sont-ils positifs ? Du fait de la domination mondiale des forces aveugles du marché, pour évoluer vers de nouvelles pratiques écologiques, il mieux vaut compter sur le sens de la rentabilité des entreprises que sur leurs bons sentiments. Mais, bien sûr, c’est très loin d’être suffisant : il faut répéter inlassablement aux entreprises que l’écologie sera un des secteurs de développement les plus rentables de ce nouveau siècle. Les entreprises qui s’occupent aujourd’hui de la gestion de l’eau ou de nos déchets le savent déjà. Mais même si cette prise de conscience avait lieu et que les entreprises s’engageaient massivement dans une évolution vers un modèle de développement durable qui ne serait pas un simple effet de mode (comme hier l’« excellence » ou l’« entreprise citoyenne »), cela n’éliminerait ni les menaces actuelles, ni les défis scientifiques à affronter pour y faire face.

Répondre à cet article


version iPhone | Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | SPIP | Nous contacter | S'abonner