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Economie de l’Inde

mardi 11 mars 2014, par Bernard NADOULEK

Histoire économique

Après les chasseurs-cueilleurs mundas, l’économie indienne commence avec les Dravidiens, qui développent un commerce florissant avec les peuples de l’Orient et de la Méditerranée. Les Aryens sont initialement des pasteurs nomades, c’est avec l’Empire Maurya que l’économie sera globalement stimulée par l’unification impériale et la paix, dès le IVe siècle avant notre ère. La mousson et l’abondance d’eau permettent deux récoltes de céréales par an. L’agriculture fait vivre la population et fournit l’essentiel des revenus de l’Etat, qui prélève un quart des récoltes. L’Empire Maurya instaure un contrôle sur tous les secteurs de l’économie par le biais d’intendants qui encadrent l’activité et la fiscalité. Les castes marchandes et artisanales se renforcent et se structurent en guildes qui encadrent étroitement les métiers dans les villes. Les grandes villes s’organisent en créant des comités municipaux qui contrôlent l’état civil et surtout, les industries, les marchés et la qualité des produits, en retenant une taxe de 10% sur les ventes. Le commerce intérieur est facilité par les communications fluviales et le commerce extérieur se développe vers l’Asie Centrale, la Perse, la Méditerranée et l’Extrême Orient. L’économie indienne se développe et se diversifie.


Le système Jajmani. C’est celui des villages qui vivent dans une économie agricole fermée et non monétaire (Louis Dumont, 1992). Chaque famille échange des tâches et des services avec l’ensemble des autres familles qui ont chacune leur spécialisation. Ce système a trois caractéristiques : hérédité des tâches, globalisation des échanges, permutation des rôles de fournisseurs et de clients. 1) L’hérédité des tâches renvoie à la transmission familiale du métier, à l’identité familiale de chacune des fonctions économiques du village et aux relations d’échange entre les chefs de famille. 2) La globalisation des échanges renvoie au fait que les prestations (le plus souvent en nature) ne s’échangent pas de manière symétrique (un produit contre un prix) mais s’étalent sur toute l’année dans une relation permanente et dans un contexte agricole dont les phases principales d’échange sont saisonnières et cycliques. 3) Enfin, dans ce réseau diffus de prestations et de contre-prestations, chacun est tour à tour client ou fournisseur. Le brahmane est client du potier, mais il est également son fournisseur pour les rites familiaux (mariages, naissances, enterrements). Ces trois aspects de l’interdépendance des villageois permettent d’assurer une subsistance commune, y compris aux plus basses castes.

Les invasions musulmane et anglaise. La tutelle bureaucratique de l’Etat sur l’économie sera aggravée par les administrations musulmane et anglaise. Après les invasions musulmanes et les destructions, l’économie indienne sera à nouveau stimulée par le commerce extérieur avec l’Islam (tissus, pierres précieuses, bois et épices) et par le développement de nombreuses industries (or, cuivre, bronze, armes, papier, céramique, parfums, bijoux, ivoire, indigo). Le commerce et l’industrie restent aux mains des Hindous. Les Musulmans, aristocratie guerrière, se contentent de prélever des taxes sur les activités. Les Anglais vont se livrer à une véritable mise sous tutelle économique de l’Inde et déstabiliser son économie en s’appropriant ses ressources. Très en avance, grâce à leur révolution industrielle, les Anglais vont pousser l’Inde à se spécialiser dans la fourniture des matières premières et des produits bruts dont leur industrie a besoin. En même temps, au nom du libre-échange, ils imposent leurs produits manufacturés. L’Inde va perdre son autonomie économique en devenant une pièce du système impérial anglais. Des pans entiers d’industrie et d’artisanat vont être ruinés. L’interdépendance des castes est battue en brèche. L’Inde devra attendre l’Indépendance pour retrouver son autonomie.

La déstabilisation de l’économie traditionnelle. Les textiles indiens, d’une qualité unique au monde, sont submergés par les étoffes industrielles du Lancashire. Du même coup, le système de division des tâches, d’interdépendance et de solidarité, est bouleversé. L’introduction d’un système fiscal individuel détruit une partie des solidarités traditionnelles et du système de subsistance commune du Jajmani. A partir de 1860, l’intégration au capitalisme mondial est accélérée par une législation coloniale qui favorise les mœurs économiques occidentales. Propriété individuelle, contrats et concurrence des prix, s’imposent au détriment des mœurs traditionnelles : propriété collective des villages, limitation de la concurrence au profit d’un système de subsistance commune. Cette mutation brutale creuse les inégalités sociales. De plus, l’Inde s’appauvrira globalement, car les capitaux pour développer les plantations ou les industries sont empruntés en Inde, mais les bénéfices sont rapatriés et investis en Angleterre. Les industries créées par les Indiens seront gênées par la mainmise anglaise sur le capital financier et par la concurrence des importations britanniques qui bénéficient de préférences douanières. Ces déséquilibres vont entraîner l’augmentation d’une pauvreté dont l’Inde indépendante héritera.

Le XIXe et XXe siècle. Au début du XIXe siècle, les Anglais lancent d’importants travaux d’irrigation et d’infrastructure. Un vaste réseau de routes, de chemin de fer, de lignes télégraphiques et de poste, est créé pendant la seconde moitié du XIXe siècle. Des métropoles modernes, avec des réseaux bancaires et commerciaux, voient le jour à partir du XXe siècle. Avec l’ouverture du Canal de Suez, le commerce extérieur fait un bond, de 5 millions de roupies en 1855, à 900 millions en 1900 et à 6 milliards en 1928. D’importantes industries seront favorisées entre les deux guerres (coton, aciérie, mécanique, chimie, etc.). En 1947, l’Inde dispose d’une base industrielle diversifiée. Avec l’Indépendance, l’Inde revient à sa tradition étatiste qui sera perpétuée par l’administration fédérale avec la planification, le développement du secteur étatique et le choix de l’industrie lourde. Les objectifs de Nehru et du Congrès sont de promouvoir la croissance dans un contexte de justice sociale et d’indépendance économique. Le choix de l’indépendance et du socialisme, face à la politique des blocs Est/Ouest, conduira l’Inde à créer le mouvement des non-alignés qui va réunir de nombreux pays du Tiers-Monde. Mais cette politique de la "troisième voie" n’aura aucun effet économique, l’Inde se cantonne à la planification.

Indépendance. La crise du capitalisme de 1929 et les performances supposées du socialisme soviétique poussent les élites indiennes vers la planification économique. Pendant les années 50 et 60, l’Etat prend le contrôle des grandes branches industrielles. L’agriculture et les petites entreprises sont laissées en arrière. Les besoins alimentaires sont comblés par des importations massives de céréales et on assiste à une stagnation de la production agricole. Les mauvaises récoltes de 1965 et 66, provoquent des famines et la prise de conscience d’une nécessité d’équilibre entre développement agricole et industriel. Avec les années 1970, s’ouvre une "révolution verte", pour faciliter le retour à l’autosuffisance alimentaire. Mais une mise en œuvre partielle provoque des déséquilibres régionaux et les progrès profitent surtout aux paysans aisés. Dans le même temps, l’Etat met en place une aide aux petites industries mais il accentue les nationalisations et met des entraves au secteur privé avec un surcroît de réglementation. Les mesures prises en faveur de l’emploi et de la justice sociale, ne font qu’aggraver la situation. Croissance démographique, urbanisation anarchique, explosion de la pauvreté, provoquent des grèves endémiques et forcent le gouvernement à décréter l’état d’urgence en 1975.

Vers la libéralisation. Malgré un retour au calme à la fin des années 1970, la récession globale de l’économie indienne va provoquer la première période de libéralisation prudente des années 1980. Avec l’arrivée au pouvoir de Rajiv Gandhi, une série de réformes économiques, réglementaires et fiscales, va accélérer le développement. Le volume de la production monte rapidement entre 1981 et 1990 : automobiles, scooters, radios, télévisions, électroménager, climatiseurs, réfrigérateurs, montres, etc. La progression est forte dans les domaines de l’agriculture, de l’agro-alimentaire, de l’industrie lourde (sidérurgie, pétrochimie, équipements électriques, etc.) et de l’énergie (charbon et pétrole offshore). Les investissements étrangers reprennent et la bourse sort de sa torpeur. De 1981 à 1990 : la croissance du PNB est en moyenne de 5,5% par an et de 7% pour la croissance industrielle. Mais les réformes sont encore timides, Rajiv Gandhi critique le secteur public mais n’ose s’engager dans une politique d’assainissement ou de privatisation. A la fin de la décennie, la croissance est contrebalancée par l’endettement, l’inflation, le déficit commercial et budgétaire, pendant que la rigidité de l’administration retarde le développement industriel. C’est le goulot d’étranglement.

L’ouverture libérale des années 1990. En 1991, l’arrivée du nouveau premier ministre, Narasimha Rao, est accueillie avec scepticisme mais son gouvernement, qui a pris la mesure de la réussite des pays asiatiques, va créer la surprise. Avec l’appui du FMI et de la Banque Mondiale, Rao met en place un programme d’ajustement structurel (réduction du déficit, diminution des subventions, dévaluation compétitive pour stimuler les exportations, limitation des importations, maîtrise de l’inflation, etc.). Il libère le secteur privé de son carcan administratif, ouvre les entreprises indiennes aux investissements étrangers majoritaires, baisse les droits de douane, encourage l’implantation de banques privées indiennes ou étrangères, assure la convertibilité de la roupie. La croissance repart, les investissements étrangers se multiplient. En 1995, la croissance du PIB passe à 6,3% et en 1996, à 6,9%, même si le développement reste inégal selon les secteurs industriels et les régions. La croissance est plus modeste que celle de l’Asie, mais la démocratie, un système juridique fiable, des succès agricoles, des ressources minières considérables, la croissance industrielle, la montée des exportations, la maîtrise des hautes technologies (nucléaire, spatial, télécommunications et informatique), sont autant de gages de développement.

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