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Emeutes de la faim : la crise mondiale est commencée

lundi 28 avril 2008, par Bernard NADOULEK

Plusieurs de mes précédents articles annonçaient l’imminence d’une crise du système mondial. Avec les émeutes de la faim qui ont eu lieu dans 37 pays, en Asie, en Afrique, en Amérique Latine, nous pouvons considérer que cette crise mondiale est commencée. Pourquoi les émeutes de la faim marquent-elles le début de cette crise ? Parce que le problème est mondial, qu’il est structurel et parce que nous ne le règlerons pas rapidement, à supposer que nous le voulions, ce qui ne semble pas être le cas.


Pendant qu’en France la grogne monte autour du pouvoir d’achat, environ 2 milliards d’habitants de la planète voient flamber les prix des produits de base qui maintiennent en vie les populations les plus déshéritées. Blé, maïs, riz, soja, colza, huile de palme, etc., les prix ont flambé de 50 à 100%. Les produits de base qui subviennent aux besoins élémentaires des populations les plus pauvres sont en train de devenir inaccessibles pour le tiers de l’humanité. Comment une telle catastrophe a-t-elle pu se produire au XXIe siècle ?

Parmi les causes, qui sont nombreuses, nous pouvons citer : la diminution des terres agricoles due à l’extension de l’urbanisation ; la stagnation de la production agricole par rapport à la croissance démographique ; le détournement d’une partie importante de la production céréalière, aujourd’hui dédiée à l’éthanol (18% de la production américaine) ; les changements dans l’alimentation des populations de nombreux pays en voie de développement qui, passant à un régime plus carné, détournent une autre partie de la production céréalière pour nourrir les animaux ; les mauvaises conditions météorologiques, qui accompagnent le changement climatique, ont vidé les stocks ; la spéculation sur le cours des matières premières, etc. Mais ce n’est pas tout : la cause structurelle la plus profonde est la subvention des agricultures américaine et européenne (à raison d’un milliard de dollars par jour !) qui a mis à genoux les agriculteurs des pays pauvres ou en voie de développement.

Nos puissantes multinationales agroalimentaires, compétitives, mécanisées et puissamment subventionnées, ont exporté des céréales à des prix défiant toute concurrence depuis plusieurs décennies en ruinant des centaines de millions d’agriculteurs dans le monde et en créant une dépendance alimentaire dans des dizaines de pays pauvres. Nous ne pouvons pas dire que nous ne le savions pas puisque ce sont les protestations de la plupart des pays non occidentaux à propos de ces subventions agricoles qui bloquent les négociations de l’OMC depuis des années. Le pire est, qu’à ce moment même, il ne saurait être question de remettre en cause ces subventions agricoles, d’une part, parce que cela provoquerait une révolte généralisée des agriculteurs américains et européens et, d’autre part, parce que cela ferait encore monter les prix mondiaux des céréales.

Nous pourrions penser qu’à quelque chose malheur est bon puisque, dans leur grande sagesse, les mesures d’ajustement structurels du FMI ont favorisé la constitution de secteurs agricoles destinés à l’exportation dans certains pays en voie de développement et que ces pays vont bénéficier de la hausse des prix mondiaux. A trois détails près : premièrement, la plupart de ces filières s’étant constituées grâce à des capitaux occidentaux, l’essentiel des profits seront occidentaux ; deuxièmement, les produits eux-mêmes ne résoudront pas le problème de la faim dans ces pays puisqu’ils sont destinés à l’exportation ; troisièmement, en imaginant même qu’une partie de ces produits reste sur place compte tenu des circonstances, leurs prix les rendent inaccessibles aux populations locales. Ajoutons enfin que les institutions internationales ont trouvé des milliards de dollars pour régler la récente crise financière, mais qu’il semble impossible de trouver les 500 millions de dollars qui permettraient d’éviter les famines en cours dans quelques obscurs pays pauvres que la plupart des Occidentaux ne sauraient même pas situer sans une carte du monde.

Quant à revenir à une situation antérieure d’autosuffisance alimentaire pour les pays pauvres, ce qui serait l’idéal, cela supposerait : d’une part, qu’on règle tous les problème cités plus haut, et notamment ceux des subventions agricoles dans les pays occidentaux et, d’autre part, une fois ces problèmes résolus, plusieurs années d’efforts entravés notamment par les prix des engrais et autres pesticides (liés au prix du pétrole) et par les prix des semences déterminés par les multinationales agroalimentaires occidentales. Sans parler des OGM …

Un beau sac de nœuds. Et, prochaine étape de cette crise mondiale, celle de l’eau potable, sera beaucoup plus compliquée en raison des ses implications géostratégiques dans de multiples conflits locaux. Emeutes de la faim, famines, guerres de l’eau, déplacement de populations … la crise du système mondial attendra, vivement les Jeux Olympiques !

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