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Encore un effort, Monsieur Sarkozy

Deuxième lettre ouverte au Président de l’Europe

lundi 27 octobre 2008, par Bernard NADOULEK

Cher Nicolas,

J’ai décidé de te faire à nouveau quelques confidences. Tu n’as pas besoin de me lire, et encore moins de me répondre, il me suffit que tu existes pour combler mon besoin d’épanchement. Compte tenu de cette intimité, tu me permettras de t’appeler par ton prénom.


Comme président de l’Europe, tu as été plutôt bon jusqu’ici. Comme si tu avais lu ma précédente lettre. N’écoute ni les jaloux, ni les eurosceptiques, c’est toi qui as raison : il faut aller vite pour parer, tant que se peut, aux effets de la crise financière. Mais attention, tu n’es encore qu’au milieu du gué, il y a encore un gros effort à faire, avant la fin de l’année, pour transformer l’essai avec trois objectifs : tenter de s’attaquer aux causes de la crise, favoriser un retour à la coopération mondiale, ancrer une nouvelle identité politique de l’Europe.

D’abord, la crise mondiale des institutions financières : elle a été pour l’instant traitée sans être résolue. Premièrement, les 3 000 milliards de $ mis sur la table par les Etats-Unis et l’Europe sont insignifiants par rapport au 516 000 milliards de dollars de produits dérivés de la bulle financière. Deuxièmement, le fait d’ouvrir les robinets du crédit n’est pas suffisant pour rétablir la confiance des marchés tant qu’elle ne permet pas d’anticiper les effets de la crise sur l’économie mondiale. Troisièmement, traiter les effets ne suffit pas (nous l’avons déjà fait avec la précédente bulle technologique) : il faut juguler les causes pour qu’une autre bulle ne revienne pas annihiler les efforts entrepris.

En ne raisonnant pas comme un économiste, et encore moins comme un financier, selon le simple bon sens, trois séries de questions semblent pertinentes :

. Premièrement, ne faudrait-il pas faire un moratoire sur les produits dérivés, le temps de faire les comptes et de séparer le bon grain de l’ivraie susceptible de revenir pourrir les marchés financiers ?

. Deuxièmement, ne faudrait-il pas interdire la spéculation sur les ressources naturelles et construire un nouveau système de régulation mondiale, particulièrement sur les produits de première nécessité pour éviter de nouvelles émeutes de la faim ?

. Troisièmement, ne faudrait-il pas surtaxer la spéculation purement financière et détaxer les investissements sur les entreprises et plus spécifiquement sur les PMI-PME ? Ainsi les marchés financiers reviendraient à leur véritable fonction : optimiser l’allocation des ressources financières au service de la croissance économique et des entreprises.

Pour faire bonne mesure, ne faudrait-il pas aussi s’intéresser aux nombreux pays actuellement au bord de l’asphyxie car, excepté l’Islande, si le Pakistan, l’Ukraine, la Hongrie, l’Argentine, la Biélorussie, la Croatie, l’Albanie, la Macédoine, la Serbie et quelques autres souffrent, ce n’est pas pour avoir spéculé sur des produits dérivés toxiques, mais parce qu’ils subissent les effets collatéraux de la crise : des fuites brutales de capitaux du fait des investisseurs qui les rapatrient, terrifiés par la crainte d’une récession, ce qui augmente d’autant la dette de ces pays en dollars ou en euros. L’enveloppe de 200 milliards de dollars du FMI n’y suffira pas. Ne serait-il pas injuste de sauver le système financier sans sauver des peuples entiers qui en sont les victimes ?

De telles questions auraient provoqué un scandale il y a encore quelques mois mais, après le discrédit du néolibéralisme financier, puis la soviétisation bancaire, n’y a-t-il pas une fenêtre d’opportunité pour une régulation mondiale plus responsable ?

Ensuite deux conditions préalables ne semblent-elles pas nécessaires pour un retour à la coopération mondiale : « un acte de contrition » envers le Sud et la réforme des institutions internationales ?

Pour que l’Europe puisse exercer un leadership international légitime ne lui faut-il pas régler son passif avec les pays du Sud qui réclament de manière exacerbée que l’Occident reconnaisse les méfaits de la colonisation et de l’esclavage ? Il ne s’agit pas de rouvrir le débat sur le bilan de la colonisation, débat qu’il faut laisser aux historiens, mais de répondre aux demandes de peuples qui souffrent aujourd’hui encore des inégalités entre le Nord et le Sud. Cette fois, il ne s’agit plus de tergiverser en invoquant « les aspects positifs de la colonisation » ou de relativiser nos responsabilités en évoquant la traite négrière des pays musulmans. Il faut tout simplement assumer le passé de l’Europe, sans faux-fuyants.

Ne faut-il pas commencer à réformer les institutions internationales pour qu’elles ne représentent pas en priorité les intérêts des puissants, mais soient de véritables représentants de l’intérêt général ? Il ne s’agit pas d’un G8, ou même d’un G20, mais de l’Assemblée Générale des 234 pays du monde membres l’ONU, sans exception. La légitimité des institutions et des négociations internationales est à ce prix pour régler efficacement cette crise et les suivantes.

Enfin, il reste à fonder l’Europe politique et ce n’est pas le plus simple. Nicolas, ton projet de Présidence de la zone euro, même s’il aboutissait, n’y suffirait pas ; les réticences allemandes et anglaises demeureront, sans parler des autres eurosceptiques. Il faut engager l’Europe sur le fond, la forcer un peu, pendant que tu en as encore les moyens et la légitimité. L’engager à la face du monde pour qu’elle ne puisse se dédire et que son unité se matérialise progressivement en actes. Autant dire que ce n’est pas gagné, mais quel beau défi.

Bon courage Nicolas et un gros baiser de ma part à Carla.

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