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L’art martial du ressourcement : 4. La concentration.

mardi 13 mai 2008, par Bernard NADOULEK


I - De la concentration au face à face

Pour travailler sur la concentration, l’hypothèse de travail idéal est le face à face. Qu’il s’agisse d’un rendez-vous important, d’une négociation difficile, d’un entretien musclé ou d’une confrontation physique, c’est le moment de mobiliser votre posture, votre souffle et votre concentration. La montée d’adrénaline qui accompagne ce type de situation vous y aidera naturellement.

La meilleure manière de se concentrer est de se rendre pleinement attentif à ce que vous êtes en train de faire. Pour travailler sur une situation de concentration et de face à face : le mieux est de faire l’exercice à deux en se plaçant l’un en face de l’autre mais, si vous êtes seul, vous pouvez vous mettre face à vous-même, devant un miroir.

II – Se mettre en état de concentration

Redressez la posture et ralentissez votre souffle. Le corps doit être décontracté, notamment les épaules, et votre esprit concentré. Le stress produit l’effet inverse : le corps se contracte, se recroqueville parfois, le visage se crispe et l’esprit bat la campagne. Insistons encore sur le fait que la maîtrise de la posture et de la respiration, le contrôle des muscles du visage et du regard, doivent permettre de dissuader calmement un vis-à-vis.

La décontraction et le calme sont très importants car, si vous êtes contracté ou si vous manifestez de l’agressivité, par simple effet de mimétisme, vous allez entraîner ou renforcer le même processus chez votre adversaire et rendre la situation plus dangereuse. Dans un face à face tendu, le corps, le visage et le regard doivent rester neutres et immobiles, c’est extrêmement dissuasif. Un agresseur potentiel s’attend naturellement à deux attitudes : la peur ou l’agressivité, les deux risquant de déclencher son attaque. La neutralité et l’immobilité, qui manifestent une détermination sans agressivité, étonnent et inquiètent, elles suggèrent un piège et suffisent souvent à dissuader un agresseur hésitant. Si, au contraire, c’est vous qui préparez une initiative, voire une attaque, la décontraction et le calme sont encore plus importants : il faut tranquilliser l’adversaire, « l’endormir », en émoussant sa méfiance, pour pouvoir passer à l’action en bénéficiant pleinement de l’effet de surprise. Dans tous les cas, plus une situation est tendue, plus vous devez rester calme et décontracté.

C’est moins difficile lorsque l’on peut se concentrer sur la posture et la respiration. C’est la première chose qui vous aidera à vous concentrer : récitez-vous les check list et exécutez-les : une posture et une respiration correctes aideront à calmer votre stress. Après avoir fait cet exercice pendant quelques mois, la posture et la respiration se caleront automatiquement en cas de problème. Mais cela ne suffit pas, pour que votre concentration soit complète, il faut également vous préoccuper du regard, qui doit être fixe, sans flotter ni ciller ; et de votre esprit, qui doit évaluer la situation et la « refléter » sans idée préconçue.

III – Le regard et l’esprit

1. Le regard

Le regard est votre première arme de pression ou de dissuasion. Comme le visage, il doit rester neutre tout en marquant votre détermination. Dans un face à face, le regard doit être fixé sur celui de l’adversaire pour le dissuader et l’englober aussi, pour faire descendre la pression.

Pour cela,
- vous devez d’abord zoomer sur les yeux de l’adversaire, pour régler la direction,
- et faire ensuite reculer votre zoom pour avoir une perception la plus proche de 180°.

En effet, si vous fixez votre adversaire dans les yeux, vous allez immédiatement accélérer l’affrontement en provoquant un duel de regards, un des rites machistes les plus rudimentaires. L’inconvénient de ce genre de duel est, d’abord, que vous pouvez perdre, ce qui présage mal de la suite et, ensuite, que même si vous l’emportez, vous ne rendiez la situation encore plus dangereuse en humiliant votre adversaire.

C’est pourquoi après avoir « accroché » le regard de l’adversaire, il faut l’englober dans une vision périphérique et avoir un regard aussi neutre que l’expression de votre visage. Votre regard doit être « comme un miroir », et refléter celui de l’adversaire. La neutralité est extrêmement dissuasive et elle manifeste la détermination sans faire monter la pression.

Entraînez-vous devant votre miroir puis, si cela est possible, faites l’exercice avec un partenaire.

Devant votre miroir :

- fixer votre regard sur vos propres yeux, en contractant légèrement les paupières et maintenez cette direction sans bouger et sans ciller, le plus longtemps possible, en respirant calmement,

- lorsque vos yeux vous picotent, sans bouger la direction du regard, « reculez le zoom » et élargissez votre vision en essayant de percevoir les détails périphériques, jusqu’à avoir une vision globale au plus prêt de 180°,

- puis revenez à la vision serrée pointée sur vos propres yeux,

- passez alternativement de la vision serrée à la vision large 3 fois de suite (soit six fois en tout), puis décontractez.

Dans un face à face, utilisez le zoom et la vision serrée pour faire monter la pression, ou la vision large et périphérique pour faire descendre la pression.

3. L’esprit

L’esprit : il doit être « comme un lac », refléter la situation sans idée ou intention préconçue. La concentration ne vise rien de précis, elle est un « être au monde » qui fonctionne en « mode reflet ».

Le mode reflet, comme son nom l’indique, consiste en une description intérieure de la situation que vous affrontez : y a-t-il vraiment un danger ? Quelle est la morphologie de l’adversaire ? Est-il déterminé ? Etes-vous en situation d’infériorité, de parité ou de supériorité ? Pouvez-vous fuir ? Que se passe-t-il autour de vous ? Quelqu’un peut-il vous porter secours ? etc.

Il s’agit de se distancier de la situation, de ne se laisser emporter ni par la panique ni par la paranoïa, de ne pas gêner l’action à venir. Pour cela, l’esprit se met en situation de décrire intérieurement la situation, de guetter le surgissement de la menace en vous permettant de prendre vos marques. Vous n’avez rien à faire avant que la situation se dénoue ou que votre corps prenne la décision d’agir.

Check list en 5 points pour le face à face.

1. Vérifier la rectitude et la décontraction de la posture.

2. Ralentir la respiration et maintenir un rythme lent et fluide.

3. Garder un visage neutre.

4. Fixer le regard du vis-à-vis, sans agressivité mais avec détermination.

5. Laisser fonctionner l’esprit en mode reflet avant le passage à l’acte.

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