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L’automatisation du travail intellectuel des années 1980

mercredi 3 septembre 2008, par Bernard NADOULEK


À partir des années 1980, troisième grande évolution, également due aux systèmes experts : l’automatisation du travail intellectuel. Les systèmes experts permettent d’intégrer des domaines entiers de connaissances sophistiquées dans des logiciels qui facilitent, et parfois automatisent, la prise de décision. C’est le cas, par exemple, du traitement des dossiers d’assurance ou de crédit bancaire, qui nécessitent des connaissances très diverses en matière de finance, de droit et de réglementation.

Hier, l’analyse et les décisions sur ces dossiers étaient le fruit du travail de cadres supérieurs hautement qualifiés, des « experts » ; aujourd’hui le traitement est automatisé par des « systèmes experts » qui automatisent le travail. Un des autres exemples les plus frappants est celui des traders, ces fameux golden boys des années 1980, issus des meilleures universités américaines, qui touchaient des salaires faramineux pour effectuer des transactions quotidiennes en surfant sur le système financier mondial. Aujourd’hui, nombre d’entre eux ont été remplacés par des program trading, de vulgaires automates à seuil qui, du point de vue de la masse salariale et de la productivité, remplacent avantageusement les experts dotés d’un savoir sophistiqué. Même lorsque ces experts étaient l’orgueil des plus grandes universités du monde, moins de deux décennies auparavant.

La conséquence de la généralisation de ces systèmes experts est considérable : la professionnalisation des tâches devra atteindre des niveaux de plus en plus élevés pour résister à l’automatisation. Il nous faut bien en prendre conscience : tout ce qui est répétitif, y compris dans les processus intellectuels, sera tôt ou tard automatisé avec les conséquences que cela implique à court et moyen terme sur des millions d’emplois.

Cette fois-ci, ce ne sont plus les travailleurs manuels mais les cadres supérieurs et dirigeants qui sont sur la sellette. De plus, ce processus d’automatisation des tâches intellectuelles se généralise plus rapidement que celui de l’automatisation de la production : en effet, le coût de développement d’un logiciel qui supprime des centaines de milliers d’emplois dans le monde en « mécanisant un métier » est inférieur aux investissements qui modernisent, automatisent et suppriment quelques centaines d’emplois sur un site industriel.

Cette automatisation des tâches intellectuelles induit également un rapprochement partiel des identités culturelles. Rapprochement partiel car, d’une part, par rapport à la population mondiale, il ne concerne qu’une minorité de cadres diplômés et, d’autre part, parce que ce rapprochement ne concerne que leur savoir-faire spécialisé, c’est-à-dire la partie la plus limitée de leur identité culturelle. Néanmoins, à plus long terme, ce rapprochement deviendra plus sensible dans la mesure où l’automatisation des tâches intellectuelles touchera de plus en plus de domaines et de métiers.


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