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La bataille du pétrole

samedi 9 juillet 2005, par Bernard NADOULEK

Article publié dans la Tribune de Métro, du 4 juillet 2005.


La bataille du pétrole est au cœur de la guerre économique qui s’exacerbe autour du contrôle des ressources naturelles de la planète. Dans ce qu’il faut bien appeler le passé, un temps où nous puisions sans limite dans des ressources qui paraissaient indéfiniment renouvelables, la guerre économique était un jeu à somme non-nulle : même si la concurrence avantageait les puissants et accroissait les inégalités, les pays les moins avancés profitaient quand même un peu de la dynamique générale du développement, ce qui était gagné par l’un n’était pas nécessairement perdu par l’autre.

Aujourd’hui, avec le compte à rebours programmé des ressources naturelles, la guerre économique devient un jeu à somme nulle : ce qui est gagné par l’un est définitivement perdu pour les autres. Or, non seulement le pétrole est au cœur de cette forme inédite de guerre économique mais, de plus, son épuisement touche le cœur du fonctionnement de toutes les économies, de toutes les sociétés et particulièrement celle des pays développés qui en sont les plus dépendants.

En décembre 2004, les représentants de l’industrie pétrolière annonçaient que nous avions du pétrole pour encore quatre décennies, ce qui donnait le temps de développer des solutions de substitution. Aujourd’hui des experts indépendants remettent ces prévisions optimistes en question en dénonçant la manière dont les compagnies pétrolières et les États producteurs surestiment leur réserves. Certains affirment même que la production à déjà commencé à décroître, d’où l’envol du prix du baril. D’autre part, on ne sait comment ces prévisions anticipent la demande montante de nouveaux géants économiques comme la Chine ou l’Inde ? La Chine, par exemple, devenue 2e consommateur mondial, voit la campagne militaire des États-Unis en Irak comme une tentative de faire pression sur l’Europe et l’Asie par le biais de leur dépendance énergétique. C’est pourquoi la Chine a lancé une contre-offensive depuis un an en multipliant les partenariats, les prises de contrôle où les rachats d’entreprises en Birmanie, en Indonésie, en Azerbaïdjan, en Ouzbékistan, en Angola, en Iran, en Arabie Saoudite, au Canada et récemment par la tentative de rachat de la société californienne Unocal. Derrière la Chine et ses 1,3 milliard d’habitant, environ 3,5 milliards d’habitants des pays en voie de développement ont les mêmes besoins et l’accélération de la concurrence risque d’accélérer l’épuisement du pétrole avant que des solutions de substitution soient mises en place.

Seule une coopération internationale accrue permettrait de reculer cette échéance funeste, de minimiser les ravages de la guerre économique et de favoriser la coopération scientifique internationale sur les solutions de substitution. Ce n’est pas le chemin que nous prenons actuellement mais, nécessité oblige, si nous ne voulons pas subir une crise mondiale de plein fouet, c’est la seule voie possible.

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