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La crise financière mondiale ne fait que commencer

mardi 7 octobre 2008, par Bernard NADOULEK

Fin septembre 2008, la crise financière des Etats-Unis coûte plus de mille milliards de dollars. Mais ce n’est pas fini : la masse des produits dérivés spéculatifs d’où pourraient émerger d’autres obligations pourries pèse 516 000 milliards de dollars, dix fois le PIB mondial. Que va-t-il sortir de cette boîte de Pandore dans les mois qui viennent ? Quand nous le saurons, pourrons-nous anticiper une partie des dégâts que cette crise financière fait peser sur l’économie mondiale ? En attendant, la théorie libérale de l’autorégulation vient de se discréditer. En attendant, les pays non occidentaux, le Brésil en première ligne, les bataillons latino-américains, africains et musulmans, sans compter l’Iran en embuscade, ont beau jeu de dénoncer à l’ONU la « cupidité » du système financier. La crise systémique mondiale est là, pour longtemps. Elle ne met rien de moins en cause que la hiérarchie mondiale des puissances, la suprématie de l’Occident et de son discours libéral.


Un sauvetage US de 1000 milliards de dollars !

Où en est l’addition du sauvetage des Etats-Unis en fin septembre 2008 ? Il n’est même plus besoin d’être économiste pour apprécier les perspectives abyssales de la crise, tous les chiffres sont dans la presse :

- le sauvetage de Fannie Mae et de Freddie Mac : entre 200 et 300 milliards de $,
- le ballon d’oxygène d’AIG : 85 milliards de $,
- le plan Paulson : 700 milliards de $,

Mais ce n’est pas tout :
- un petit paquet fiscal US pour soutenir la demande : 150 milliards de $,
- l’injection de la Fed pour soutenir le système bancaire US : 50 milliards de $
- la rallonge du Trésor américain pour la Fed : 140 milliards de $,
- le swap des banques centrales pour contribuer aux opérations de sauvetages de la Fed : 180 milliards de $, etc.

A ce stade, au-dessus des mille milliards de dollars, on ne compte plus, on prie. En avril, il y a moins de 6 mois, il était impossible de trouver 500 petits millions de dollars qui auraient permis de résoudre le problème des émeutes de la faim à l’échelle mondiale !

Ce n’est pas tout, après la vague de faillites des banques, c’est celle des fonds spéculatifs (hedge funds) : 700 dépôts de bilan prévus en 2008 sur un peu plus de 7500 fonds spéculatifs. Un ratio de faillite plus important que celui des banques. Rassurez-vous ceux là ne seront pas renfloués, ils cesseront juste de financer l’activité industrielle après avoir ruiné des centaines de milliers de retraités qui leur avaient confié leurs cotisations.

Quelles conséquences sur l’économie mondiale ?

Ne parlons pas des conséquences possibles de l’inflation au moment où l’inondation de liquidités déferle. Ne parlons pas non plus du raz de marée de la dette extérieure des Etats-Unis, dix mille milliards de dollars pour un PIB prévu de 14 500 milliards de dollars : l’Etat américain va-t-il tout droit vers la faillite ? Ne parlons surtout pas de la chute du dollar et de ses effets sur les pays les plus pauvres, sur les économie émergentes d’Asie, surtout la Chine et le Japon qui détiennent l’essentiel des Bons du Trésor américains. Enfin, ne parlons pas non plus de l’Europe où les retombées commencent seulement à se faire sentir (Fortis, Dexia) et qui doit encore prouver sa capacité à agir de manière coordonnée.

Pourquoi ne faut-il pas parler de tout cela ? Parce qu’il est trop tôt : le meilleur est à venir. Dans la presse en ligne du 30 septembre (« Le compte à rebours a commencé », d’Isabelle Mouilleseaux), j’ai trouvé un petit décompte qui nous annonce la donne :

- d’abord, le PIB mondial, toute la richesse produite chaque année, est de cinquante mille milliards de dollars,
- ensuite, la capitalisation boursière mondiale, la valeur de toutes les actions et des obligations, des entreprises des Etats, est de cent mille milliards de dollars,
- enfin, la valeur des produits dérivés, les produits financiers spéculatifs, est de 516 000 milliards de dollars.

C’est-à-dire que les produits dérivés issus de la spéculation pèsent dix fois plus lourd que la richesse créée annulement dans le monde entier et 5 fois plus que toutes les actions et obligations.

La question est : quelle proportion titrisée de ces 516 000 milliards de dollars va-t-elle encore jaillir de cette boîte de Pandore ? Combien d’obligations pourries du type subprimes arrivent-elles à échéance l’année prochaine ? Certains experts parlent, sans garantie, de 1 600 milliards de dollars. La bombe à retardement est bien là. Les 700 milliards de $ du plan Paulson suffiront-ils à éponger la note ? Et, sinon…

Il n’y a que lorsque nous aurons une vague idée de la réponse à cette question que nous pourrons nous reposer les questions : de l’inflation, de la dette extérieure US, de la chute du dollar, de la durée de la crise, de ses conséquences sur l’économie mondiale en termes de faillite et de chômage.

Remous tiers-mondistes à l’ONU

En attendant, les réactions des pays non occidentaux à l’ONU n’ont pas tardé à l’Assemblée Générale de l’ONU du mardi 23 septembre. La dénonciation d’un système financier "cupide" est unanime (Le Monde, 24/09/08). Les pays pauvres appellent à un renforcement des contrôles internationaux pour parer aux menaces qui, in fine, pèseront surtout sur eux.

Les critiques fusent même de la direction des plus hautes instances onusiennes. Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU, rappelle que "La crise financière mondiale menace l’ensemble de notre travail" et appelle à un "leadership mondial" pour "restaurer l’ordre dans les marchés financiers internationaux". Le président nicaraguayen de l’Assemblée Générale de l’ONU, Miguel d’Escoto, donne le ton : "Ce sont toujours les pauvres qui payent le prix de la cupidité débridée et de l’irresponsabilité des puissants".

Mais la principale voix est celle du président Lula da Silva qui parle de "reconstruire" les institutions économiques internationales pour qu’elles puissent "entraver l’anarchie de la spéculation". "L’euphorie des spéculateurs a laissé la place à l’angoisse de peuples entiers". Il cite l’économiste brésilien Celso Furtado : il ne faut pas laisser "les profits des spéculateurs être toujours privatisés, tandis que leurs pertes sont invariablement nationalisées". Lula préconise une "réponse vigoureuse", de l’ONU. De nombreux chefs d’Etat le suivent en demandant une réforme du « machin » et un élargissement du Conseil de Sécurité.

Lula est suivi par Gloria Macapagal-Arroyo, la présidente des Philippines, qui assure que : "L’incertitude économique s’est propagée comme un effroyable tsunami à travers la planète, annulant les progrès accomplis, non seulement sur l’île de Manhattan, mais aussi sur les îles des Philippines".

Quant au président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, toujours en embuscade, après avoir récemment déclaré que "Le monde n’a plus la capacité d’absorber des faux dollars US", il profite de la situation pour pousser sa propagande antisémite en dénonçant "une minuscule minorité" de "sionistes" qui domine "une partie importante des centres monétaires et financiers" et prédit que "L’empire américain dans le monde touche à sa fin", (…) les piliers du système oppressif s’effondrent".

Enfin, plus mesuré, Jakaya Kikwete, président tanzanien, qui préside aussi l’Union africaine, appelle « la communauté internationale et les acteurs clés de l’économie mondiale à agir rapidement sous la direction des Nations Unies ».

En d’autres temps, les Etats-Unis auraient balayé ce qu’ils auraient considéré comme un fatras d’argumentation tiers-mondiste sans même daigner y répondre. Dans un nouveau contexte, au banc des accusés, le Président Bush tente de rassurer : "Nous avons pris des mesures audacieuses pour prévenir une perturbation grave de l’économie américaine, qui aurait un effet dévastateur sur d’autres économies à travers le monde". Mais il parvient d’autant moins à convaincre que le credo qu’il incarne, la théorie de l’autorégulation par le marché, a subi un sanglant démenti.

Pour la présidente argentine, Cristina Kirchner, ceux qui, hier, "conformément au consensus de Washington, disaient aux pays d’Amérique du Sud que le marché réglait tous les problèmes", ont produit "la plus formidable intervention de l’Etat de mémoire d’homme", en faisant allusion au plan Paulson. Une seule différence, ajoute-t-elle : Washington n’aura pas à subir les directives du FMI.

« La fin de l’histoire » n’est donc pas pour demain et «  le choc des civilisations » apparaît comme un piètre rideau de fumée pour masquer l’échec du credo libéral. Plus grave encore, à travers cette polémique sur fond de crise, c’est la suprématie de l’Occident et la crédibilité de la démocratie libérale qui sont remises en cause.

Hélas, les Jeux Olympiques sont terminés et pas la moindre Coupe du Monde pour détourner l’attention. Heureusement, il nous reste la Star Academy.

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