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La diaspora chinoise dans le monde

jeudi 5 juin 2014, par Bernard NADOULEK

Le développement économique de l’Asie passe par sa diaspora, massivement répartie dans la zone Asie-Pacifique et dans toutes les grandes villes occidentales, avec une forte concentration aux Etats-Unis. La diaspora chinoise essaime depuis le début de notre ère. Pendant des siècles, les flux migratoires, poussés par les guerres et autres catastrophes, s’étendent vers le Vietnam puis vers le Laos, le Cambodge, la Malaisie, la Birmanie et l’Indonésie. L’émigration s’intensifie au XIXe siècle. Singapour devient presque complètement chinoise. Les Chinois émigrent aussi vers la Californie et l’Australie. Une dernière vague est déclenchée XXe siècle par la guerre civile, puis par la révolution, qui font fuir élites et capitaux. La puissance économique de cette diaspora en fait la troisième puissance d’Asie, après la Chine et le Japon, mais avant la Corée. Elle compte aussi des centaines de conglomérats diversifiés. Depuis toujours, cette diaspora, qui maintient ses liens avec la Chine, joue un rôle d’intermédiaire entre son pays et le monde extérieur. Elle introduit en Chine des marchandises, des capitaux, des technologies, des idées nouvelles et joue un rôle très actif dans les périodes d’ouverture. Elle se livre également à une colonisation rampante de l’économie asiatique.


L’évolution de la diaspora

Initialement, la réussite de la diaspora tient à la solidarité ethnique des communautés chinoises : les Chinois font la majorité de leurs affaires entre eux, se fournissent chez leurs propres commerçants, envoient leurs enfants dans leurs propres écoles et placent leurs économies dans leurs propres banques. Mais aujourd’hui cette diaspora a changé. Les conglomérats chinois, très implantés sur leurs territoires d’accueil, doivent de plus en plus tenir compte des réalités et des cultures locales. Les alliances avec des multinationales occidentales se multiplient et les jeunes générations, éduquées dans des universités occidentales, sont moins enfermées dans leur culture d’origine. L’ancienne diaspora connectait la Chine au monde, la nouvelle est en train de connecter le monde à la Chine. Elle favorise la diffusion de la culture asiatique dans le monde, ce qui accentue sa légitimité culturelle. En Occident, pour protéger ses investissements à l’Ouest, la diaspora tempère l’agressivité économique de la Chine continentale. Les entreprises occidentales nouent des liens avec cette diaspora pour continuer à bénéficier de la croissance en Asie et pour disposer de leviers indirects de contrôle sur leurs intérêts. La diaspora est l’intermédiaire entre l’Occident et l’Asie.

Le modèle dirigiste

Le dirigisme combine la liberté économique et l’autoritarisme politique. Est-il durable en Asie ? Bien que nous assistions périodiquement à des flambées de révolte, il semble que le dirigisme soit durablement implanté en Asie. Du Japon à la Corée du Sud et de la Chine à Singapour, à des degrés divers, il semble que la culture asiatique ait bien préparé ses populations à un système de pouvoir fort qui leur permette de s’enrichir dans un système très contrôlé. Les jeunes générations, de l’après-Tien Anmen, veulent la liberté de consommer et de se distraire, elles se préoccupent beaucoup moins d’idéologie et de libertés démocratiques. Le dirigisme peut-il trouver une légitimité en devenant un modèle à l’usage des pays en voie de développement ? Non pour les populations, mais, pour les classes favorisées des pays émergents et leurs élites politiques. Il est clair que le dirigisme est une bonne façon de préserver leurs privilèges. Sans compter les dictatures auxquelles il permet une formule nouvelle d’asservissement des populations. Plus globalement, dans le contexte d’une mondialisation qui suscite des peurs et provoque un raidissement conservateur du monde, il semble que le dirigisme ait un avenir assuré, tant en Asie que dans le reste du monde ! Y compris dans les pays développés ?

L’Asie du XXIe siècle

Le dirigisme asiatique (liberté économique, sans liberté politique) a acquis sa légitimé grâce à la croissance ininterrompue qu’il assure depuis les années 1980. Comment peut-il évoluer avec la nouvelle génération de dirigeants, arrivés autour de Li Keqiang et bien décidés à conserver leur emprise sur le pays ? Le talon d’Achille du dirigisme chinois est l’état de corruption généralisée qui règne sur la bureaucratie. Celle-ci à toujours été corrompue en Chine mais, au lieu de gouverner une masse de paysans illettrés, elle est aujourd’hui confrontée à une classe moyenne (260 millions) et à une intelligentsia qui veulent des réformes démocratiques. Or c’est la croissance économique qui est à la source de la corruption et de la contestation grandissante. La bureaucratie, qui ne peut tuer la poule aux œufs d’or, en est réduite à dépenser plus pour sa sécurité intérieure (et pour la censure sur Internet) que pour sa défense militaire. Comme il est hasardeux de conjuguer croissance et répression, sa deuxième option est de mettre en place un régime de "démocratie délibérative" qui permet de dialoguer par Internet à un niveau local : soit pour arbitrer les conflits sociaux, soit pour récupérer les doléances du peuple en les intégrant aux politiques en cours, le but étant de maintenir le pouvoir du régime.

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