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La mondialisation néolithique et sédentaire

"Traité de civilisations comparées" (extraits).

mardi 27 novembre 2012, par Bernard NADOULEK

Mondialisation néolithique et sédentaire, de 8 000 à 3 000 ans avant notre ère.

De -10 000 à -8 000, la période néolithique s’amorce avec la sédentarisation, puis, plus précisément, avec "l’invention" de l’agriculture. La première civilisation sédentaire apparaît dans la région du Proche-Orient, environ 10 000 années avant notre ère. Les foyers de civilisations sédentaires se multiplieront progressivement autour des grands fleuves de la planète. Entre -4 000 et -3 000, la Mésopotamie sur le Tigre et l’Euphrate ; en -3 000, l’Égypte sur le Nil et la Chine sur le Hoang-ho ; entre -2 500 et -1 800, l’Inde sur l’Indus. La combinaison de l’agriculture et de l’élevage provoque la naissance d’une économie diversifiée de production, dans laquelle se développent progressivement le travail de la pierre polie, la construction d’habitations en briques, l’invention du tour de poterie, le travail du cuivre, etc. La sédentarisation provoque également la naissance des villages, puis de villes entourées de murailles. Entre -8 000 et -7 500, c’est la naissance de Jéricho, la première ville fortifiée de l’histoire. Dans les villes, la production se diversifie, l’organisation sociale se complexifie et se structure autour de l’approvisionnement des populations, des travaux d’irrigation et de la gestion de l’eau potable.


Différenciation entre nomades et sédentaires. Nomades et sédentaires se développent de manière séparée et ne sont pas encore entrés en conflit. Les razzias de nomades sur les villages sédentaires commencent mais, pendant le néolithique, les problèmes de répartition de territoires et de ressources ne se posent pas encore compte tenu de la faible démographie des groupes humains en présence. Il n’y a pas non plus de décalage de développement : les sédentaires développent l’agriculture, les nomades maîtrisent mieux l’élevage. Initialement, il s’agit plutôt de deux projets de société qui divergent. Celui des agriculteurs sédentaires entre dans une voie qui conduit à l’institution du pouvoir politique, à ses instruments de coercition, à la division entre dominants et dominés, à des relations économiques d’exploitation et à une division de la société en classes. Celui des nomades chasseurs préserve une organisation sociale à taille humaine en limitant le nombre des membres du groupe social de base, en limitant le temps consacré au travail et à la production, ainsi qu’en bloquant l’institution d’un pouvoir politique centralisé. Cette divergence aboutit à la différenciation entre deux modèles de civilisation, nomade et sédentaire, dont les structures économiques et politiques s’opposent.

Civilisations sédentaires. Autre différenciation, celle des civilisations sédentaires. Dans chacun des grands foyers de civilisation, la structuration du pouvoir politique progresse, de la ville au royaume, puis du royaume à l’empire. L’administration se développe pour gérer les impôts et les corvées. Des religions d’État s’institutionnalisent et favorisent la centralisation du pouvoir. Entre -3 500 et -3 000, les inventions de la roue, des nombres égyptiens et de l’écriture cunéiforme des Sumériens, permettent à l’humanité d’entrer dans le flux cumulatif de la transmission écrite. Le foyer de l’Orient ancien donnera naissance à de multiples aires culturelles, de la Mésopotamie à l’Égypte et de la Perse à la Grèce, sans parvenir à trouver d’unité civilisatrice. Plus tard, la civilisation latine (IVe siècle) puis musulmane (VIIe siècle), fonderont de véritables unités civilisatrices au nord puis au sud de la Méditerranée. Bien avant cela, dès le début du néolithique, l’Inde et la Chine avaient commencé à fonder les bases des civilisations qui sont parvenues jusqu’à nous. La civilisation du Bassin de l’Indus opère une transition entre les chasseurs-cueilleurs Mundas nomades du paléolithique et les Dravidiens sédentaires du néolithique. En Chine, une civilisation sédentaire et agricole se développe pleinement depuis le début du néolithique.

Rencontre de civilisations. Royaumes et empires se rencontrent déjà dans la guerre et le commerce, mais chacune des nouvelles aires de civilisation sédentaire se développe de manière séparée. Le commerce au long cours existe, les échanges de produits ou d’idées ont bien lieu, des influences se croisent, mais les contacts sont intermittents et jouent un rôle relativement périphérique par rapport à la dynamique de développement interne à chaque foyer de civilisation sédentaire. De plus, les différents foyers de civilisation n’ont pas encore acquis une identité très affirmée : bien que les langues soient différentes, les pouvoirs politiques, les institutions, les systèmes de production, les croyances, les valeurs, se ressemblent. Seule l’adaptation à des environnements géo-climatiques distincts fait apparaître des différences significatives. Le concept de civilisation devient pluriel. Les idées de civilisation et de culture prennent dès lors tout leur sens en tant que concepts différenciés. La civilisation permet de décrire le face-à-face entre les deux mondes, nomade et sédentaire. La culture permet de rendre compte des différences qui s’ébauchent à l’intérieur des sociétés nomades et sédentaires. Les caractéristiques culturelles des sédentaires nous sont mieux connues grâce à l’architecture et à l’écriture.

La civilisation : définition générale. Au singulier, le mot civilisation qualifie l’état d’avancement de la vie matérielle et intellectuelle d’une société. 1/ La vie matérielle, c’est l’état de la technique, des technologies, de la science et des réalisations qu’elles permettent, c’est-à-dire la maîtrise de l’homme sur la nature. 2/ La civilisation c’est aussi l’état des mœurs et de leur régulation par la morale, les valeurs, les croyances, la religion, le droit et les institutions, c’est-à-dire la maîtrise de l’homme sur sa propre nature. 3/ Le mot civilisation et le verbe civiliser ont une racine commune qui fait référence à l’action civilisatrice que les pôles de culture les plus développés exercent sur les moins développés. Ce qui entraîne souvent un jugement de valeur arbitraire, conduisant à hiérarchiser les civilisations, à en disqualifier certaines, à en privilégier d’autres et même à confondre "sa" civilisation avec "la" civilisation. Les sédentaires du néolithique affirmeront leur supériorité sur les nomades ; puis les Grecs, les Indiens, les Chinois désigneront leurs voisins comme des barbares ; enfin, les Européens inventeront le concept de civilisation pour justifier leur domination sur leurs empires coloniaux respectifs (Elias). L’effet de ce processus est la hiérarchisation des civilisations, établie du point de vue des plus puissantes d’entre elles !

La culture : définition générale. Au singulier, le mot culture qualifie le mode de socialisation, de transmission et d’apprentissage spécifique à un groupe humain donné. L’étymologie du mot culture, qui renvoie à celle du verbe cultiver, fait également référence à la manière dont un individu peut transmettre, augmenter et prolonger un processus d’apprentissage en intégrant de nouvelles connaissances et compétences, voire de nouvelles valeurs. La différenciation des modèles culturels se développe entre les civilisations nomades et sédentaires, mais surtout à l’intérieur des civilisations. Que ce soit chez les nomades indo-européens et sémites, ou encore chez les sédentaires des mondes méditerranéen, indien et chinois, les différences locales se précisent. Entre nomades et sédentaires, deux projets de société s’ébauchent, l’un fondé sur l’élevage, l’autre sur l’agriculture. Dans les deux civilisations et au sein de chacune d’elles, la différenciation tient aussi aux traditions, aux coutumes, à la prééminence accordée à des divinités locales, dans les formes d’art, ou encore dans les modes de transmission des connaissances historiques ou techniques. La naissance de ces différences est accélérée par le fait que, plus on est proche de son voisin, plus on tient à s’en distinguer, à affirmer une identité spécifique.

Différents ? A la fin du paléolithique, les ressemblances entre les groupes humains sont un facteur de conflit. Ces ressemblances sont vécues comme une menace pour l’identité de chaque groupe, comme une possibilité d’être confondu avec l’autre, d’autant plus qualifié "d’étranger" qu’il est proche. De même, si des minorités jouent souvent le rôle de bouc émissaire, c’est pour affirmer la cohésion du groupe, de son identité qui ne va pas de soi. Une fois cette identité clairement établie, comme ce sera le cas au néolithique où les cultures permettaient de distinguer les différents groupes humains, la tolérance devient d’autant plus facile que les identités sont moins menacées. Dans les mondes méditerranéen, indien et chinois, les différences locales se précisent et s’accélèrent : plus le voisin est proche, plus on tient à s’en différencier, à construire une identité originale. Une fois cette identité établie, les cultures permettent de distinguer les différents groupes et la tolérance devient d’autant plus facile que les identités sont moins menacées. Les humains s’acceptent mieux grâce à leur capacité de distinguer le semblable et l’étranger. Même la distinction entre nomades et sédentaires ne se traduit pas encore dans l’antithèse entre barbares et civilisés. Mais cette phase de tolérance ne va pas durer.

Tolérants ? La tolérance semble procéder d’une dialectique équilibrée entre universalisme et particularisme. Une dynamique qui nécessite suffisamment d’universalisme civilisateur pour créer une communauté globale de valeurs, et suffisamment de différenciation culturelle pour établir les identités des groupes de protagonistes. Il faudra attendre les grandes invasions, du côté des nomades, et l’unification des premières civilisations, du côté des sédentaires, pour voir resurgir les antagonismes culturels du paléolithique sous des versions de plus en plus élaborées. Autrement dit, la tolérance pourrait s’installer quand les différences culturelles sont dans une période de relative stabilité (les 4 à 5 millénaires du néolithique), et l’intolérance resurgirait dans les périodes de changement, de mutations, de brassages, de métissages identitaires. Les débuts de l’Antiquité sont brièvement marqués par une période de tolérance. Les grands foyers de civilisation intègrent l’existence d’un fonds commun de dieux et de rites, avec des variantes locales. Les Dieux sont les mêmes pour tous les hommes et leur nom est traduisible d’une langue à l’autre. Mais, très vite les choses vont évoluer avec la montée d’impérialismes culturels dont les principales responsables seront les grandes religions.

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