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Laisser tomber la Grèce ?

mardi 27 septembre 2011, par Bernard NADOULEK

De nombreuses voies s’élèvent pour annoncer la faillite de la Grèce et recommander de l’abandonner à son sort. Certes, les Grecs ont triché, ils ont menti aux contrôleurs européens et ils ne sont pas les seuls ! Certes, la Grèce s’est laissé corrompre avec la complicité de ces mêmes banques qui la clouent au pilori par la spéculation. Mais il semblerait que les moutons financiers de Panurge aient la mémoire courte : quels risques un tel abandon entraînerait-il ? Europe, fille d’Agénor, princesse de la mythologie grecque, peut-elle être ostracisée sur son propre continent sans autres dommages ?


Les rendements obligataires grecs explosent. Le risque de défaut est évalué à plus de 90% sur les marchés financiers. Les Européens, Allemagne en tête, mais également la BCE et le FMI, sont en pleine crise de ladrerie et d’atermoiement aigu. Est-ce parce que la Grèce a triché et menti aux contrôleurs européens ? Que nenni et personne ne veut ouvrir cette boîte de Pandore, car la Grèce n’est pas la seule à s’être laissée corrompre. Demain d’autres tricheurs pourraient être sur la sellette : Italie, Espagne, Portugal, Irlande. Faut-il blâmer la Grèce d’avoir utilisé la complicité des banques qui, après l’avoir aidée à contourner les règles, la clouent au pilori par la spéculation ? Surtout pas, oubliez le délit d’initié, il faut sauver les banques, Sauver Les Banques !

S’il faut laisser tomber la Grèce c’est que, pour les marchés financiers, elle n’en a pas assez fait sur la voie de la rigueur : il faudrait plus d’économies budgétaires, de baisse des salaires, de hausse des impôts, de privatisation des entreprises publiques. Certes la Grèce est gangrénée par la corruption, par le travail au noir, par les privilèges des puissants, des armateurs, de l’Eglise orthodoxe. Faire le ménage prendra du temps. En attendant, les Grecs hésitent à accentuer les mesures d’austérité qui vont les enfoncer dans la récession et accentuer leurs difficultés. Comment rembourser ses dettes sans relance économique ? Impossible, d’où les prévisions de défaut de paiement.

Nous avons la mémoire courte et la vue plus encore. En 2008, rappelez-vous, une banque, Lehman Brothers, était tout aussi exsangue que l’Etat grec. Elle aussi avait triché, volé et suscité tellement d’inimitiés que le gouvernement américain, qui aidait toutes les autres banques en difficulté, décida de la laisser tomber. Mais, dans sa chute, Lehman Brothers entraîna avec elle la bourse américaine, puis toutes les bourses du monde, déclenchant la crise des subprimes. Et il ne s’agissait que d’une banque. Alors, si nous abandonnons la Grèce, qui sera ensuite emporté dans la tourmente : l’Italie, l’Espagne, la France, l’Euro, l’Europe, le Monde ?

Il ne s’agit pas seulement pour l’Europe d’abandonner sa mère grecque. Après qu’Europe, la princesse grecque, eût batifolé avec Zeus métamorphosé en taureau blanc, elle donna naissance à Minos et Rhadamanthe, qui devinrent tous deux juges des enfers. Espérons que l’effondrement boursier qui suivra l’abandon de la Grèce ne nous entraînera pas aussi bas !

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