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Le Tao de la puissance chinoise

lundi 22 février 2010, par Bernard NADOULEK

Comment la Chine a-t-elle pu passer d’une situation de crise à un redoublement de puissance en un an ? En 2009, j’analysais les réactions de son gouvernement face à la crise à partir de la tradition confucéenne (
« Une interprétation chinoise et confucéenne de la crise financière » ), que nous pouvons considérer comme un des deux piliers du dirigisme asiatique. Une deuxième philosophie traditionnelle, le taoïsme, va nous permettre de mieux comprendre les aspects contradictoires et complémentaires de l’évolution de la Chine. Cet article permet à la fois de faire le point sur la remontée en puissance de la Chine un peu plus d’un an après le déclenchement de la crise, et de donner une nouvelle interprétation de la vision du monde qui prévaut en Chine et en Asie, où la philosophie taoïste s’est largement disséminée. La montée en puissance de la Chine représente une double opportunité pour l’Occident : d’une part, elle tire la croissance mondiale, ce que nous sommes bien incapables de faire et, d’autre part, elle offre de nombreuses opportunités à nos entreprises. Nous avons donc besoin de comprendre son modèle dirigiste.


La voie et sa vertu

Dans le cadre de cet article, il est impossible de résumer toutes les dimensions du taoïsme. C’est la plus ancienne des doctrines chinoises. Elle contient des dimensions religieuse, magique, mystique, politique, etc. Nous choisirons d’évoquer ici un de ses aspects les plus contemporains : celui d’une philosophie du changement, liée aux cycles de la nature.

Dans une Chine antique qui vit au rythme des travaux agricoles et des saisons depuis des millénaires, le taoïsme repose sur une vision du changement à la fois permanent et immuable. C’est une voie de la sagesse qui conduit à se laisser porter par les rythmes de l’univers, comme le paysan chinois qui doit s’adapter au rythme des saisons et des éléments pour féconder la terre. L’homme doit s’adapter au changement perpétuel et immuable de la nature, à l’alternance des saisons, à la succession des devoirs ou des travaux de l’existence, aux cycles du travail et du repos, de la vie et de la mort. Pour se fondre dans le changement sans effort inutile et pouvoir influer sur le cours des choses, au-delà de la multiplicité apparente des phénomènes, le sage doit retrouver son unité avec le Tao, grâce à une méthode qui consiste à s’ouvrir à la nature, à s’adapter à elle, plutôt que d’essayer de la dominer.

Bien que la Chine ait beaucoup changé, notamment dans sa dimension urbaine et capitaliste qui remet en cause le primat de la nature, la tradition taoïste, ancrée au cœur de la pensée chinoise, continue d’alimenter une vision du monde fondée sur le cycle éternel de l’unité, de la dualité et de la multiplicité.

L’unité, la dualité et la multiplicité.

Le taoïsme est une philosophie de l’unité de l’univers, où l’ordre cosmique se superpose à l’ordre humain dans un jeu continuel d’interactions cycliques. La vision taoïste du changement repose sur le Tao, la « voie », symbole dynamique de l’unité cosmique.

Comment ce changement s’opère-t-il ? Le Tao se divise en deux forces qui s’opposent et se complètent. Le Yin : le négatif, le féminin, le froid, l’intelligence intuitive, la mort. Le Yang, le positif, le masculin, le chaud, l’intelligence rationnelle, la vie. Ces deux forces s’interpénètrent, elles contiennent chacune le germe de son contraire et elles alternent sans cesse dans la spirale du temps. Par exemple, la Chine est un pays communiste qui met régulièrement en œuvre des réformes capitalistes. En Occident, face à deux doctrines, le capitalisme et le communisme, aussi radicalement opposées, notre logique nous commande d’en choisir une et de nous y tenir. Au contraire, la Chine moderne continue d’appliquer ces deux doctrines en les faisant alterner : il y a un an, au démarrage de la crise, l’Etat chinois a pris des mesures capitalistes de manière très communiste : en « ordonnant », par exemple, à ses banques de prêter aux entreprises et aux particuliers. Un an après, face à la surchauffe de son économie, il prend des mesures communistes de manière très capitaliste : en ordonnant à ses banques de ralentir le crédit pour éviter le phénomène des bulles financières.

Les forces du Yin et du Yang sont présentes dans toutes les manifestations de la vie et forment d’innombrables combinaisons. Les combinaisons de ces forces (rapport du Yin et du Yang, du Yin dans le Yang et du Yang dans le Yin), produisent la diversité des « dix mille êtres », multiplicité des phénomènes vivants pris dans le jeu du changement. De l’unité naît la dualité ; et les innombrables combinaisons de la dualité dans le temps créent la diversité. Mais cette diversité est aussi le produit d’une illusion, reflet de l’agitation stérile de l’homme qui a perdu le sens de son unité avec l’univers. L’homme doit échapper à cette illusion pour retrouver la sérénité dans l’accord entre la nature humaine et l’ordre cosmique. Comment ? Grâce à la non-action.

La non-action, la non-pensée et le non-soi

La non-action n’a rien à voir avec la passivité, il s’agit de « chevaucher le Dragon », « lâcher prise », ne pas forcer le cours des choses, se couler dans le rythme des phénomènes et se laisser guider par eux pour pouvoir influer leur cours. Pour le gouvernement chinois, la non-action, c’est alterner les phases de dirigisme (Yang) et de libre fonctionnement du marché intérieur (Yin) pour s’adapter aux flux et aux reflux de la mondialisation. La non-action, c’est la faculté de s’adapter aux rythmes de l’univers pour laisser porter et amplifier son action par les courants dominants. Hier la crise, aujourd’hui les surchauffes de la croissance.

La non-pensée, c’est « avoir l’esprit comme un lac », faire le vide, s’oublier, se distancier du volontarisme et de ses illusions pour que l’esprit puisse refléter la réalité sans préjugés ou idées préconçues. Pour le gouvernement chinois, il s’agit de ne pas se laisser aveugler par l’idéologie communiste ou capitaliste, mais de suivre l’alternance de la baisse et de la hausse du marché mondial avec l’objectivité du miroir, au détriment d’une politique rigide, de ses limites et de ses illusions.

Le non-soi, c’est « avoir le corps comme un rocher » qui suit naturellement la ligne de pente, c’est se fier à l’intuition créatrice, à la spontanéité, à l’immédiateté des réactions sensorielles. Le non-soi c’est une présence intuitive et globale, liée à l’action, une conscience débarrassée de l’illusion des fins et concentrée sur les moyens, une présence permettant de faire corps avec les situations. C’est la synthèse de la détermination totale et de la liberté absolue. C’est ainsi qu’opère, consciemment ou non, le gouvernement chinois qui chevauche les évènements avec pragmatisme avec pour seul principe de servir la montée en puissance de son économie et de la Chine tout entière. Car, le non-soi, c’est aussi l’obligation pour l’individu de se conformer à l’exigence communautaire du groupe familial, social, ethnique ou national, souvent même à ses dépens, tant il est vrai qu’en Asie, l’individu existe moins par l’exercice de ses droits que par l’accomplissement de ses devoirs.

Ainsi, c’est en suivant l’alternance du Yin et du Yang que nous allons suivre la politique chinoise et sa philosophie du non-agir, qui lui a permis en moins d’un an de passer si brillamment de la crise au retour de la croissance.

La bureaucratie céleste

La Chine a été frappée par la crise au cœur de son développement : bien que les subprimes ne l’aient pas affectée directement, car ses banques détenaient peu de produits toxiques, ses ventes à l’étranger ont diminué de plus de 50% au dernier trimestre 2008. Résultats : quelques centaines de milliers d’usines frappées par la faillite et près de 20 millions d’emplois perdus. La croissance qui était à 11% avant la crise était en chute libre. C’est une phase Yin où la Chine est déstabilisée par l’effondrement du marché mondial. Mais, au cœur du Yin, réside la force du Yang, soit les 2 000 milliards d’excédents commerciaux qui vont permettre à la bureaucratie céleste de rebondir.

Face à la crise, le Parti Communiste Chinois (PCC) opère un virage radical fondé sur le vieux credo maoïste : compter sur ses propres forces. Puisque ce n’est plus sur les consommateurs occidentaux, recroquevillés dans la posture du calamar flytoxé, que la Chine peut compter pour assurer sa croissance, elle s’appuiera sur son marché intérieur et sur la dynamique régionale des pays émergents. C’est la reprise d’une phase Yang, fondée sur la thèse du découplage et qui va s’appuyer sur ses 2000 milliards de $ de réserve de change pour mettre en œuvre un plan de relance de 600 milliards de $, dont 50% consacrés aux infrastructures et aux travaux publics. La Chine se couvre de chantiers et, en plus de l’immobilier qui explose partout dans les grandes villes, 12 000 km d’autoroutes, 20 000 km de voies ferrées et cinq nouveaux aéroports sont mis en œuvre (Lafarge augmente sa production de ciment en Chine de 40% en 2009) grâce à un déblocage d’urgence de fonds publics. Par exemple, 200 milliards de $ ont été investis dans un projet de construction ferroviaire à grande vitesse. Etc.

Comment se fait-il que les Etats-Unis et l’Europe, qui ont également mis en œuvre des plans de relance, n’aient pas eu le même succès ? Dans une économie planétaire censément libérale, il est paradoxal de constater que ceux qui sont les plus efficaces dans la mise en place d’une relance keynésienne sont les régimes dirigistes d’Asie. Et tout particulièrement la Chine communiste, qui peut se fier à la discipline qu’elle est capable d’imposer efficacement aux « forces du marché ».

Compter sur ses propres forces

Pour développer son marché intérieur, le PCC s’attaque également au pouvoir d’achat. 74 millions de Chinois reçoivent 150 yuans ainsi que des bons d’achat pour l’électroménager en début 2009. Les aides sociales se démultiplient rapidement (comme la TVA réduite de moitié pour les automobiles peu polluantes, dans un pays où l’équipement en automobiles est de 3%). Le desserrement du crédit s’opère tout aussi rapidement car les banques, sous l’emprise de l’Etat, suivent les consignes à la lettre : + 50% de crédits aux ménages et aux entreprises. En bref la relance s’étend à tous les domaines dans lesquels les Occidentaux ont échoué, avec une réussite d’autant plus surprenante qu’elle est orchestrée par le parti communiste.

Après cette mise en œuvre dirigiste, pendant une phase très Yang, le PCC laisse les forces du marché (c’est-à-dire tous les Chinois désireux d’améliorer leur niveau de vie) faire leur œuvre dans une nouvelle phase Yin, non dirigiste. Un an après, bien que ses exportations enregistrent toujours moins 15% sur un an (nous sommes cependant loin des – 50% de l’après-crise) la Chine tout entière est repartie à la hausse. Huit millions de nouveaux emplois créés, les investissements s’accroissent de 35%, la production industrielle de 13.9%, les achats immobiliers de 40%, les ventes de voitures de 83% et la consommation de produits de luxe explose. Entre les subventions et les facilités de crédit, la consommation est rapidement revenue au niveau d’avant la crise. Pour couronner le tout, la croissance globale frôle les 9% en 2009 et les 2 000 milliards de réserves de change sont passés à 2 300 milliards en moins d’un an.

L’interpénétration du Yin et du Yang

Tout n’est pas parfait pour autant dans l’Empire du Milieu. Le Yin et le Yang s’interpénètrent et au cœur du Yang, c’est-à-dire de la croissance dirigiste, il reste toujours une part de Yin, c’est-à-dire d’erreurs, d’échecs ou d’aléas de cette même politique dirigiste.

Les milliards du plan de relance ne sont pas toujours utilisés au mieux, la construction de la ville d’Ordos qui reste désespérément vide en Mongolie intérieure en est l’exemple le plus frappant. Mais nul doute que le PCC ne finisse par la remplir, de manière autoritaire s’il le faut.

Les troubles ethniques continuent, tant au Tibet, où les dernières émeutes antichinoises auraient fait 203 victimes en 2008, qu’au Xinjiang, où les affrontements entre Hans et Ouïgours ont fait 2000 blessés, 17 condamnés à mort et 9 exécutions.
La pollution est un autre sujet de préoccupation majeur. Au Hunan, en 5 ans, la pollution au plomb provoque une hausse de 40% de malformations à la naissance, le barrage des Trois-Gorges provoque un déplacement forcé de population de 1,27 million de personnes et la construction du canal Danjiangkou-Pékin en provoquera 330 000 autres. Pendant ce temps Pékin manque d’eau potable et en augmente le prix de 25%. Sans compter encore avec la pollution industrielle, qui menace toutes les grandes villes chinoises.

Les troubles sociaux ne sont pas en reste avec les grèves et les émeutes du Fujian, les 3 200 mineurs morts dans les mines de charbon en 2009, les explosions de colère des sidérurgistes, notamment ceux qui ont battu leur patron à mort en juillet 2009 après une annonce de licenciement concernant 25 000 d’entre eux.

Sans compter les problèmes démographiques du vieillissement de la population : 17% des Chinois auront plus de 60 ans en 2020. Sans oublier la mafia, la corruption endémique, la répression politique du régime, etc.

Mais, malgré toutes ces difficultés, la majorité des Chinois a confiance en l’avenir et en la grandeur de l’Empire du Milieu. Et il y a de quoi, la Chine qui pèse 45% de la production manufacturière mondiale, est le numéro un mondial : dans le textile, le nylon, le jouet, le fer, l’acier, le cuir, le ciment, l’électroménager, les téléviseurs grands écrans, les téléphones portables, les appareils photos numériques, le matériel informatique, les cartes mères d’ordinateurs, l’aspirine, les vitamines, les chaussures, les bicyclettes, les pianos, l’aquaculture, les écrevisses, l’ail, le blé, les sex toys (!), le tabac, la céramique, les pavés et dallages en granit, les conteneurs, les ampoules basse consommation, les briquets, les raquettes de tennis, les éoliennes, les batteries pour voitures électriques, les panneaux solaires, et le sera bientôt dans l’industrie automobile, les chantiers navals, les ratons laveurs et j’en oublie...

La Chine sauve le dollar

Au passage, la Chine se permet de sauver, provisoirement le dollar. Dans mon précédent article sur la Chine, en mars 2009, j’annonçais que la Chine serait la première puissance à sortir de la crise ; j’écrivais également que son objectif était de se débarrasser de ses dollars, ce qui reste vrai à long terme, la Chine étant même à l’avant-garde de la fronde mondiale contre le dollar. Toutefois, depuis la fin de l’année 2009, la Banque Centrale chinoise achète massivement des dollars ! Pourquoi ?

C’est simple : au dernier trimestre 2009, des capitaux spéculatifs affluent en masse en Chine (16 milliards de $ pour le seul mois de décembre 2009). C’est toute la finance mondiale, y compris américaine, qui parie sur une hausse du yuan par rapport au dollar. Mais, comme une hausse du yuan pénaliserait les exportations et la croissance, le gouvernement chinois a donné l’ordre à sa banque centrale d’acheter des dollars, ce qu’elle fait massivement, y compris en tirant sur sa planche à billets. C’est donc la Chine qui sauve le dollar … quitte à le lâcher plus tard, dès que sa croissance sera stabilisée sur son marché intérieur, en réévaluant sa monnaie, par exemple !

En attendant, selon l’Agefi, pendant ce même mois de décembre où la banque centrale de Chine achetait des dollars, elle a revendu 45 milliards de bons du trésor américains au Japon, dans le cadre « d’échanges commerciaux ». Serait-ce que la Chine redoute le danger des obligations américaines grévées par la dette des Etats-Unis ? L’attaque chinoise contre le dollar attendra que la Chine ait fini de se débarrasser de ses devises américaines, mais pas trop vite, pour éviter un plongeon du marché obligataire et des avoirs chinois en billets verts. A part le Japon, devenu le premier détenteur de bons du Trésor américains, beaucoup de banques centrales emboîtent le pas à la Chine. La chute de actuelle de l’euro serait-elle un rideau de fumée pour masquer une offensive générale (y compris des banques américaines) contre le dollar ?

La bulle du Tao

Le problème est que cet afflux de yuans et cette stimulation continue de la croissance, contribuent à la formation de bulles en tous genres : liquidités, crédit, bourse, immobilier, surcapacité de production, etc.

Pour les crédits accordés par les banques chinoises aux entreprises et aux ménages, pendant le seul mois de décembre 2009, le montant total était de 600 milliards de yuans (soit 61 milliards d’euros), contre 548 milliards de yuans (55 milliards d’euros) pour les mois d’octobre et de novembre. A cette vitesse, le niveau des 1 000 milliards de yuans (100 milliards d’euros) sera vite franchi en 2010. Ajoutons à cela une bulle immobilière qui a progressé de 70% sur 2009, une bulle boursière où les marchés d’actions ont progressé de 75% en 2009, une inflation qui pourrait atteindre entre 4 et 5% cette année, et nous comprenons sans peine que la situation est explosive. Une année de phase Yin et de bouillonnement des forces du marché a produit des effets qui risquent de devenir incontrôlables. Retour à une nouvelle phase Yang de régulation, orchestrée tout aussi rapidement par la bureaucratie céleste.

Le 20 janvier 2010, la Banque centrale chinoise annonce qu’elle va « limiter l’expansion du crédit bancaire ». Pour Liu Mingkang, président de la Commission Chinoise de régulation bancaire, il ne s’agit pas de geler le crédit mais de le maintenir à moins de 7 500 milliards de yuans. Au vu des 9 570 milliards de crédit accordés en 2009, la baisse est sévère.

Il reste un certain nombre de questions en suspens :
- le gouvernement parviendra-t-il à tenir son pari ?
- quelle sera la réaction des acteurs économiques chinois à ces restrictions, sachant que l’indice Hang Shang a baissé de 1.8% à l’annonce de la nouvelle ?
- n’y a-t-il pas là un premier indice de retournement de tendance ?
- et, notamment, l’inflation pourra-t-elle être maîtrisée ?

C’est tout l’enjeu d’un pari sur l’efficacité de la non-action. Que cela se fasse de manière Yin ou Yang, c’est-à-dire, de manière capitaliste ou communiste, avec tout le pragmatisme taoïste de la bureaucratie céleste : la Chine saura-t-elle chevaucher le dragon de la crise et opérer une régulation de sa croissance ?

Dompter le tigre ou chevaucher le dragon ?

Pour rétablir et réguler cette croissance grâce à a thèse du découplage, la Chine ne compte pas seulement sur ses exportations. Contrairement aux idées reçues, celles-ci représentaient seulement 1,1% de son taux de croissance sur la période 2001-2008. La bureaucratie céleste compte surtout sur la reprise de sa consommation intérieure. Avant la crise, cette consommation générait environ 45% de la croissance ; malgré toutes les mesures prises par le PCC, elle n’en génère plus que 35%.

La question est donc de savoir qui gagnera la course de vitesse qui s’est engagée entre la consommation des ménages et le risque d’éclatement des bulles résultant de la surchauffe économique. Cette question est d’une importance capitale aussi bien pour l’Occident que pour l’ensemble du monde car, comme c’est aujourd’hui la Chine qui tracte l’économie mondiale, l’éclatement d’une ou de plusieurs bulles chinoises pourraient, demain, momentanément entraîner le monde dans une nouvelle tourmente.

Le dragon ne sera pas simple à chevaucher en 2010, d’autant plus qu’il s’agit d’une année du Tigre qui, selon la tradition chinoise, est une année de tous les dangers, mais aussi de toutes les opportunités. Répétons-le pour conclure, la montée en puissance de la Chine représente bien une double opportunité pour l’Occident : d’une part, elle tire la croissance mondiale, ce que nous sommes incapables de faire actuellement et, d’autre part, elle offre de nombreuses opportunités à nos entreprises. Alors nous avons besoin, plus que jamais, de comprendre son modèle dirigiste. Le lecteur désireux d’approfondir la question pourra lire mon article « Qu’est-ce que le dirigisme asiatique ? ».

Post scriptum

Quelques précisions pour que nul ne se trompe sur cet article. « Le Tao de la puissance » est une interprétation de la politique de relance chinoise. Ce n’est ni une apologie, ni une critique, de la Chine ou de son régime. Mon approche du multiculturalisme mondial est fondée sur trois principes :

1. Pour agir au mieux de ses intérêts, chaque puissance doit s’appuyer sur ses propres fondements culturels. Qu’il s’agisse des Européens, des Chinois, ou de tous les autres peuples, chacun doit s’appuyer sur son identité pour mettre en œuvre des politiques conformes avec son histoire, ses traditions et ses valeurs.

2. Pour agir avec pertinence dans un contexte international, les Etats, les institutions, les entreprises, les individus, doivent également tenter de comprendre les civilisations, les cultures et les mentalités des peuples qui leur sont étrangers.

3. Ces tentatives de compréhension réciproque visent la coopération ou la concurrence, et non le jugement de valeur ou l’imitation. Il s’agit de pouvoir communiquer, négocier ou manager dans un contexte multiculturel mondial qui garantisse la richesse et le libre déploiement du génie de l’humanité.

Ainsi, conformément au principe de neutralité axiologique de Max Weber, j’essaie de décrire cette diversité sans jugement de valeur. C’est également ainsi que le lecteur pourra appréhender mes écrits.

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