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Le conflit identitaire mondial : l’Autre qu’on assassine

samedi 29 mars 2008, par Bernard NADOULEK

Les conflits identitaires ont le plus souvent lieu entre membres d’une même civilisation ou entre peuples vivant en situation de proximité. Ce n’est pas l’étranger qu’on assassine, c’est son propre voisin.


C’est ce que nous montrent les deux guerres mondiales du XXe siècle, souvent qualifiées de « guerres civiles européennes ». C’est ce que nous montrent les conflits yougoslave, rwandais, irakien, israélo-palestinien, soudanais, tibétain, etc.


La proximité géographique est indispensable au maintien des protagonistes en présence, au maintien des antagonismes en suspens et à l’accumulation des contentieux.



Dans ce type de conflit, c’est son semblable qu’on tue, celui qui nous ressemble, parfois à un point tel que les repères sont brouillés, un voisin tellement proche qu’on risque de ne plus faire la différence entre « eux » et « nous ».

Nous faisons souvent un contresens sur la Shoah : ce n’est pas parce qu’ils étaient différents que les Juifs ont été massacrés par les nazis, mais bien parce qu’ils étaient intégrés, parce qu’ils ressemblaient à des Allemands, parce qu’ils jouaient un rôle économique et culturel important à l’échelle européenne.

De même dans la terrifiante purification ethnique, c’est le voisin immémorial qu’on vise, le semblable, celui dont l’apparence se confond pratiquement avec celle de son agresseur. Le meurtre de l’autre comme expression de la haine de soi.

C’est lors­que le semblable joue le rôle de bouc émissaire que la violence est la plus grande car, une fois le conflit commencé, il est difficile de revenir en arrière, il est difficile de penser qu’après les horreurs de l’affrontement, on pourra de nouveau vivre ensemble, d’où la propension à mener le massacre jusqu’à son terme.

Il n’y a pas de choc des civilisations, mais bien un conflit identitaire mondial, une crise de civilisation interne à chaque aire culturelle déstabilisée.

Dans cette crise, le meurtre de l’Autre est l’expression inconsciente de toutes nos peurs et, souvent même, de la plus profonde : la haine de soi.

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