nadoulek.net : mondialisation, civilisations, stratégie

Accueil > STRATEGIE > Bibliothèque d’articles > Stratégies et technologies > Le gratuit : un business modèle ?

Le gratuit : un business modèle ?

jeudi 21 octobre 2010, par Bernard NADOULEK

Progressivement, nous allons mettre tous les articles du site en accès libre et gratuit. Avec Julien Falconnet, l’administrateur de ce site, il nous faudra juste un peu de temps pour mettre en ligne et à jour, environ 300 écrits, articles, études ou bien livres, qui totalisent près de 4 500 pages de texte. Je profite de cette annonce pour esquisser dans ce court article la forme des nouveaux business modèles du Net qui combinent avec fluidité : le gratuit, le don, le contre don et les services ou produits associés et payants.


Jusqu’ici sur ce site, les deux tiers des articles étaient gratuits et le dernier tiers, composé par les textes que j’utilise pour mes cours, était payable par un don, c’est-à-dire que chaque lecteur fixait lui-même son prix d’achat. J’ai maintenant dissocié le gratuit, tous les articles seront progressivement accessibles, et la notion de don. Ainsi, la mention « Faire un don » figurera en haut à droite de toutes les pages du site. J’explique ci-dessous comment cette notion de don, contre don, continuera à fonctionner d’une manière complémentaire au gratuit.

Le gratuit est un support pour des produits ou des services payants. Ainsi, les textes de ce site sont les supports de cours de notre « Ecole d’Intelligence Stratégique ». De plus, l’automatisation permet d’afficher des prix de cours parmi les moins chers du marché. Pour tous les créateurs d’idées, de textes, d’images, de musiques, de vidéo, de nouvelles voies s’ouvrent dans une économie immatérielle qui est aujourd’hui une des principales sources de croissance des pays développés.

I - Le gratuit

Le gratuit est un retour aux sources de l’esprit libertaire du Net. D’autant que les copies numériques de textes, d’images, de musique ou de vidéo peuvent être innombrables et gratuites. Pourquoi un auteur publierait-il ses idées gratuitement, les livrant ainsi à ceux qui les reprendront, souvent sans le citer. Je considère qu’en soi, le don du savoir est non seulement un besoin universel dans une économie de la connaissance, mais un devoir pour les créateurs d’idées neuves. C’est un passage obligé si, par exemple, un auteur veut être lu par des étudiants à faible revenu.

Pourquoi parle-t-on de pillage des idées ? C’est un honneur d’être copié ! D’abord, il s’agit de produits gratuits, indéfiniment duplicables. Ensuite, si des idées sont reprises et propagées, cela élargit l’horizon dans lequel elles seront prises en compte et donc, de fait, l’horizon de leur créateur. Enfin, plus vous êtes repris, plus cela augmente votre notoriété et les différents avantages afférents : pour ce qui me concerne, par exemple, les demandes de conférences ou de formations en ligne.

Les pilleurs-propagateurs ne sont pas nuisibles pour les créateurs à deux conditions : la première étant que le créateur continue de créer et qu’il garde un temps d’avance sur les copieurs ; la seconde, qu’il vende des produits associés (livres, disques, oeuvres d’art, etc.) ou des services (formations, jeux, abonnement à des informations confidentielles, etc.).

II - Le don et le contre don

Commençons par le pari philosophique que constitue la dynamique du don. Selon les sociologues, les ethnologues et les anthropologues, le don et le contre-don constituent un des fondements clés des liens sociaux. Il s’agit de retrouver une dynamique d’échange fondée sur les relations entre les hommes et non sur la seule valeur économique des biens échangés. L’échange ne vise pas le profit, sous sa forme matérielle et immédiate, mais la mise en oeuvre d’une relation d’échange. Il ne s’agit pas de la demande d’un produit contre un prix mais, comme l’explique Marcel Mauss, de l’offre d’une obligation symbolique qui se perpétue par le contre don. Si un lecteur fait un don sur un site, ce n’est pas la seule valeur marchande des articles qui est en cause, mais aussi la relation symbolique qui s’établit entre l’auteur et le lecteur. Une autre thèse consiste à considérer le don comme un acte faussement désintéressé visant à conjurer la violence des rapports sociaux. Ces deux thèses ne s’opposent pas vraiment : les effets convergent, même si les analyses sont différentes.

Revenons au concret. Les dons faits jusqu’ici sur ce site, qui permettaient d’acquérir un texte, montrent qu’il y a une proportion d’environ 30% de lecteurs dont le but est de payer le moins cher possible. Ce n’est pas grave. D’une part, les revenus ainsi générés sont modestes et, d’autre part, vu le peu de valeur que ces profiteurs accordent à cet achat, ils sont les moins bien placés pour faire bon usage d’idées qu’ils n’estiment pas. Mais 70% de donateurs rétribuent les idées de manière convenable, avec des dons d’une moyenne de cinq euros, et même une tranche d’environ 15% qui dépasse les dix euros. La grande majorité des lecteurs de ce site valide donc la pertinence de l’idée du don.

Pour que les choses deviennent plus claires, la lecture de tous les articles est gratuite et les dons deviennent libres. Voilà pourquoi nous avons mis le bouton paypal sur toutes les pages du site pour que vous puissiez nous soutenir. Le pari n’est pas gagné, c’est ce qui en fait l’intérêt.

III - Les services associés

Les exemples de services payants associés au gratuit sont innombrables car ils peuvent aussi bien être virtuels que réels, concerner des produits que des services. Commençons par le plus facile : la simple production de textes. D’innombrables blogs ont fleuri sur le Net et bien qu’il n’y ait qu’une infime minorité de bloggers vivant directement de la publicité sur leur site, ces blogs donnent de nombreux avantages indirects à leurs auteurs. D’abord, ils n’ont plus besoin de passer par l’agrément d’un éditeur pour faire connaître leurs écrits. Ensuite, si ces écrits rencontrent un lectorat, les auteurs auront d’autant plus de chances d’avoir accès à l’édition classique, à des commandes d’articles ou de conférences. De même pour les musiciens, qui pourront trouver un producteur ou des commandes de concert. De même aussi pour les créateurs d’images cherchant des clients ou des expositions pour leurs oeuvres originales. Qu’il s’agisse de textes, de musiques, d’images ou de vidéo, les effets indirects sur les carrières sont nombreux. Enfin et pour tous, un buzz réussi, combiné à la publicité du site, peut fournir des revenus non négligeables.

Autre exemple, les sites de bourse en ligne pour le grand public sont en pleine explosion. Ces sites ont parfaitement saisi la liaison entre le gratuit et le payant. Chacun d’entre eux propose des informations, des prévisions et des formations gratuites, même si ce sont, la plupart du temps, des publicités indirectes pour leurs produits ou leurs abonnements. Enfin, tous ces sites ont parfaitement compris l’intérêt de l’automatisation qui facilite aussi bien le gratuit que le payant, en permettant même de tirer les prix vers le bas puisqu’aucune intervention humaine n’est nécessaire. C’est le cas de nombreux sites d’apprentissage des langues. J’ai essayé de reprendre et de synthétiser tous les aspects de ce business modèle dans la création de « l’Ecole d’Intelligence Stratégique » en ligne sur ce site : l’automatisation nous permet d’être dans la tranche la plus basse des prix du marché, entre 10 et 30 euros par mois pour une formation très sophistiquée du point de vue du contenu, très simple et interactive du point de vue de la méthode pédagogique.

Pour conclure, c’est le gratuit et le libre intérêt du public pour un créateur qui forment la base des services ou produits associés que ce créateur peut mettre en ligne sur le Net ou sur le marché. Comme on le voit à travers ce court survol, le business modèle du gratuit, qui en est à ses balbutiements, a encore une forte marge de croissance et d’innovation.

Répondre à cet article


version iPhone | Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | SPIP | Nous contacter | S'abonner