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Le modèle français du Franc-Tireur

Entre le doute de Descartes et le pari de Pascal.

mardi 25 mars 2008, par Bernard NADOULEK

Le modèle français représente une synthèse très particulière entre culture latine et catholique au sud et anglo-saxonne et protestante au nord. Mélange entre un rationalisme qui est très représentatif du nord anglo-saxon et, d’autre part, les comportements très émotionnels plus caractéristiques du sud latin. La culture française reflète à la fois le doute de Descartes, soit la faculté de tout critiquer, et le pari de Pascal, soit un opportunisme à toute épreuve. Ces deux tendances contribuent à façonner des individus dont la rationalité superficielle masque à peine l’incapacité à se plier à une quelconque logique. La toute-puissance centralisatrice de l’Etat ne s’explique que par la nécessité de disposer d’un arbitre garant des différences irréductibles de chacun. D’où le modèle du Franc-Tireur, dont voici cinq caractéristiques très communes chez nos élites.



1. De l’individualisme

L’individualisme farouche du Franc-Tireur est construit sur sa volonté d’être unique et prestigieux. Sa créativité et son style s’étendent au moindre de ses actes ou de ses discours. Contrairement à l’Anglo-Saxon, il fait très peu de distinction entre sphère personnelle et sphère professionnelle, entre opinion objective et subjective. Il passe avec une facilité déconcertante d’un registre à l’autre, y appliquant les mêmes critères personnels, quelle que soit l’importance des enjeux. Dans une discussion technique, il défend pied à pied ses arguments, comme s’il était remis en question. Et comme il s’affirme en tout, un rien peut le remettre en cause.

2. Du verbe critique

Le Franc-Tireur adore parler, ce qu’il fait bien, et s’écouter parler, ce qu’il fait mieux encore. Savoir écouter n’est pas sa plus grande qualité, sauf bien sûr pour critiquer ensuite. Il parle pour séduire plus que pour convaincre, pour plaire plus que pour prouver. Si vous le provoquez dans un duel d’idées, il concentre tout à coup ses facultés d’écoute, cherche la faiblesse ou la faille de votre discours et, avec un sens éprouvé de la rhétorique, trouve la contradiction fatale, vous poursuit et vous accule dans une synthèse aussi implacable que gratuite. Il risquerait son âme pour un bon mot mais ne plaisante pas avec une argumentation.

3. De la logique irrationnelle

La rationalité apparente de son discours ne l’empêche aucunement, après une brillante démonstration, de passer à l’action dans le sens opposé à ses conclusions, en suivant le cours de son humeur. Mais ne croyez pas le prendre en faute, il peut après coup, miracle de l’esprit, vous expliquer de manière logique, pourquoi il a agi de manière irrationnelle. Expliquer, avec la même rigueur, un point de vue et son contraire, permet d’agir au gré du moment et de n’être jamais embarrassé pour se justifier.

4. De l’organisation discontinue

Dans son bureau, le Franc-Tireur mène avec vous une conversation à brûle-pourpoint devant un dossier urgent dont il poursuit la lecture, il répond à deux coups de téléphone importants, sans perdre le fil de ses arguments et donne à son assistante une série d’instructions, qui ne souffrent aucune attente, en écoutant vos réponses d’un air attentif. Après votre départ, il rédige une brève note de synthèse en compulsant son agenda et reprend son dossier urgent, en répondant au téléphone, dans le quart d’heure qui précède son rendez-vous suivant.

5. De l’exception et de la règle

Le Franc-Tireur révère théoriquement l’idée de la règle mais l’abhorre en pratique, quand il faut s’y soumettre. Comme l’Etat, qu’il critique sans arrêt et qu’il vénère comme son ultime citadelle, l’Etat contre lequel il se rebelle et devant qui il s’incline immanquablement en cas d’arbitrage. Cette duplicité face au pouvoir explique que le Franc-Tireur accepte une règle du jeu tant qu’il peut la critiquer, la contourner, la détourner et, ultime frisson, la transgresser. Ce rapport passionnel au pouvoir fait qu’en France, la véritable fonction de la règle, disons-le tout net, est de confirmer la somme exponentielle des exceptions.

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