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Le pouvoir politique au Japon

mardi 3 juin 2014, par Bernard NADOULEK

Un des particularismes politiques du Japon est la longévité de la dynastie Yamato qui règne sans discontinuer depuis plus de 15 siècles. C’est la seule dynastie dont la lignée n’a jamais été interrompue, bien que souvent réduite à un rôle rituel par les samouraïs. Cela s’explique à la fois par l’insularité du Japon, qui l’a protégé des invasions, et par le rôle du shintoïsme qui fait de l’Empereur un dieu vivant. Même si l’Empereur n’a aucun pouvoir réel, "derrière le paravent", il est le garant symbolique de la cohésion nationale. Depuis le Ve siècle, l’Etat japonais a adopté le confucianisme et sa bureaucratie. Cet héritage est très présent dans l’administration japonaise, qui jouit toujours d’un très grand pouvoir réglementaire. Le bouddhisme a inspiré la première charte constitutionnelle du Japon, rédigée en 604 par le Prince Shotôku. Ce dernier insiste sur la coopération et l’harmonie qui résultent de l’équilibre des devoirs entre gouvernants et gouvernés. Cet héritage bouddhiste reste présent à la fois dans la doctrine du consensus, qui maintient le lien social au Japon et dans le rôle du parti bouddhiste Komeito, qui s’est intégré au nouveau parti conservateur, le Shinshinto. Confucianisme, shintoïsme et bouddhisme forment donc le socle culturel de la politique nippone.


Le cône tronqué de l’Etat

Le système politique japonais est un cône tronqué, composé de plusieurs couches constituant chacune un cercle de pouvoir. Plus on monte vers le sommet, plus les cercles sont restreints et puissants. La pointe absente du cône est le lieu du pouvoir rituel de l’Empereur, qui ne s’exerce pas, mais reste garant de la cohésion du tout. Le premier cercle de pouvoir comprend : l’administration centrale, les chefs des partis politiques conservateurs, le Keidanren, association du patronat japonais, des dirigeants des six principaux groupes industriels du Japon. Au plus haut niveau, un des réseaux importants est constitué par les anciens étudiants de Todaï, première université du pays. C’est dans ce réseau que se recrutent les membres des conseils d’administration des plus grosses entreprises. Les cercles inférieurs comprennent les différentes structures sur lesquelles s’appuient les acteurs principaux. Après les six conglomérats du premier cercle, le deuxième cercle est constitué par les sociétés filiales, le troisième par les entreprises associées, le quatrième par les fournisseurs, le cinquième par les sous-traitants, etc. De même pour les partis politiques avec leurs sous-structures régionales et locales. Enfin, l’ensemble de ces structures est inter-relié par des réseaux transversaux d’obligations (giri).

Les réseaux de pouvoir

Dans chacun des cercles de pouvoir, on ne distingue jamais de décideur ou de responsable unique. Même un premier ministre ou un chef de parti n’a qu’un pouvoir personnel très limité. Personne ne contrôle l’ensemble de la structure et chacun surveille tout le monde. Les acteurs sont inter-reliés dans un contexte de maillage culturel où le groupe prime sur les individus et où le consensus prime sur le pouvoir personnel, même si ce consensus est sans cesse parcouru d’oppositions ou de conflits internes. Le pouvoir d’influence d’un individu dépend en grande partie de sa maîtrise des réseaux transversaux parcourant les différents cercles de pouvoir. L’héritage du redéploiement japonais de l’ère Tokugawa a forgé un niveau exceptionnel de symbiose entre les grands groupes industriels, l’administration et les partis politiques. Entre ces trois pôles, la collaboration, bien que conflictuelle, est intégrée à un niveau difficilement imaginable pour un Occidental. Ainsi, en Asie, le pouvoir fonctionne à travers des réseaux où les intérêts politiques, administratifs et économiques sont très étroitement liés. On est loin de la tradition occidentale de séparation des pouvoirs. On retrouve ces réseaux de collusion des pouvoirs, à des degrés divers, dans tous les pays d’Asie.

Le leadership en Asie

Jusqu’à la fin des années 1980, la réussite du Japon avait rendu son leadership économique incontestable en Asie. Mais ce leadership ne pouvait devenir politique, en raison des exactions japonaises de la guerre de 1939-45 qui ont laissé beaucoup de mauvais souvenirs aux peuples d’Asie. Jusqu’à la fin des années 90, la puissance économique de l’Asie ne parvient à lui donner de légitimité politique : le Japon est disqualifié par son refus de reconnaître ses crimes de guerre, aucun des Dragons n’a la taille suffisante pour s’imposer, et la Chine, a qui ses voisins prêtent une volonté hégémonique, fait peur. C’est dans les années 2000, avec son incontestable montée en puissance que la Chine parvient à s’imposer comme leader. Ce leadership s’appuie sur deux éléments clefs. Un modèle de gouvernance politique dirigiste, où l’initiative économique est encouragée et la contestation politique réprimée. Une politique de sécurisation de ses approvisionnements en ressources naturelles et énergies, qui la pousse à renforcer ses relations avec le monde arabe, l’Afrique et l’Amérique Latine, etc. Dans cette perspective, la Chine et l’Asie toute entière disposent d’une arme qui les connecte au reste du monde : une diaspora qui s’étend à l’échelle mondiale.

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