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Monde arabe, pétrole et démocratie

mercredi 9 mars 2011, par Bernard NADOULEK

Les enjeux se précisent. Jusqu’ici, dans les démocratie occidentales, il était facile d’épouser la cause du monde arabe. Il y avait bien quelques craintes concernant les islamistes, mais elles semblaient mineures par rapport à la perspective de rapprochement démocratique entre l’Orient et l’Occident. Mais attention, retournement de perspective.

Le cours du pétrole a dépassé les 100 dollars le baril à New York et s’approche des 120 dollars à Londres. Plus encore, un rapport du cabinet Nomura affirme que les cours pourraient s’envoler jusqu’à 220 dollars cette année ! C’est à partir des réactions aux cours du pétrole qu’on pourra juger des nouvelles perspectives entre les pays arabes et le reste du monde.


Les émeutes du monde arabe continuent, la demande de liberté déborde même vers l’Asie, forçant le Parti Communiste Chinois à mettre le "bonheur" de ses concitoyens au premier rang de ses préoccupations... L’affrontement s’exaspère en Libye, suscitant des déclarations d’Obama, des débats à l’ONU, à l’OTAN et même quelques interrogations en Europe ! Mais voilà, nos médias ont déjà épuisé le débat sur la démocratisation du monde arabe, et même la-question-de-savoir-ce-que-vont-faire-les-intégristes ?

Toutefois les révoltes arabes devraient revenir sur le devant de la scène médiatique avec un critère beaucoup plus clivant que la démocratie ou l’intégrisme : le prix du pétrole. Hier, les émeutes en Egypte et la possibilité de fermeture du canal de Suez avaient déjà créé la panique. Aujourd’hui les affrontements en Libye et la fermeture des terminaux pétroliers entretiennent l’inquiétude. Si demain la production était perturbée en Arabie Saoudite et/ou en Algérie, c’est à une crise de grande ampleur que nous nous trouverions confrontés.

Le 25 février dernier, le FMI aura tout fait pour nous rassurer avec une curieuse déclaration : "... la flambée pétrolière aura sans doute un impact limité sur la croissance économique mondiale si les cours restent où ils sont" (Reuters). Et si les cours ne restent pas où ils sont, comme le démontre la hausse qui se prolonge ??? Sacré FMI ! Qui reconnaît tout de même qu’au cas où les cours continueraient de monter, les répercussions "... pourraient devenir notables". Qu’en termes choisis ces choses sont dites. Avant de conclure : "Mais ce n’est pas ce que nous prévoyons, ni ce que le marché prévoit". Ainsi le FMI serait dans le secret Du Marché ? Etant donné la fréquence de ses erreurs de prévision, rien de moins sûr.

Le problème n’est donc plus de se demander si le pétrole va monter. Il monte. Mais jusqu’où va-t-il monter ? Une des réponses à cette question nous vient du cabinet Nomura qui compare la situation actuelle à celle de la Guerre du Golfe du début des années 1990, pendant laquelle les cours avaient doublé. Les prix pourraient donc monter jusqu’à 220 dollars le baril. Même si le pire n’est pas la seule possibilité, la question est : que se passera-t-il en 2011 si le prix du pétrole dépasse les 150 dollars ? Surtout que la comparaison avec la situation de la Guerre du Golfe a ses limites : à l’époque, d’une part, la demande des pays émergents était loin d’atteindre ses niveaux actuels et, d’autre part, le marché n’était pas soumis à une pression spéculatrice permanente.

C’est dans cette perspective qu’il faut nous reposer la question des révoltes arabes. Nous voyons aujourd’hui qu’en Tunisie ou en Egypte, la marche vers des formes de démocratie libérale compatibles avec les valeurs de l’Islam, ne sera pas tranquille. Nous voyons aussi qu’en Algérie, en Jordanie, en Arabie Saoudite, au Yémen, à Bahreïn, etc., la boussole n’indique pas vraiment de direction très claire. Bien sûr, l’issue du conflit libyen peut être décisive, mais elle ne règlera pas le problème de l’évolution démocratique du monde arabe.

Même si les situations sont très différentes selon les pays, c’est donc bien le cours du pétrole qui sera déterminant dans nos relations futures avec le monde arabe et les dictatures encore en place. Mieux que des démocraties fragiles, ces dictatures sauront en faire un argument. Et la realpolitik de reprendre ses droits ?

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