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Religions de l’Inde et théologie de la réincarnation

mardi 25 février 2014, par Bernard NADOULEK

L’hindouisme s’est construit en intégrant toutes les religions qui ont traversé l’Inde. C’est un conglomérat de croyances qui n’acquiert que tardivement une cohérence globale. De plus, il recouvre plusieurs champs distincts : la mythologie, décrite dans les Védas et leurs commentaires ; la justification religieuse du système des castes ; les thèmes de la philosophie indienne réunis dans les Upanishads (dont la doctrine de la réincarnation) ; des croyances et des rites, aussi innombrables que les dieux du panthéon hindou. L’animisme primitif des Mundas a rapidement été recouvert par le shivaïsme et le jaïnisme des Dravidiens. Le védisme originel des Aryens devient brahmanisme en intégrant shivaïsme et jaïnisme. Le bouddhisme devient religion nationale au IIIe siècle avant notre ère. L’hindouisme revient au Ier siècle, en évinçant le bouddhisme et en intégrant ses idées. L’hindouisme intégrera également une partie des traditions islamiques, avec le sikhisme, et des éléments de christianisme, avec la colonisation. Aujourd’hui, les activistes religieux assurent que l’hindouisme est capable d’englober toutes les religions. Nous allons résumer les croyances hindouistes, à l’exception de l’animisme que j’ai déjà traité dans mon article sur l’animisme africain.


Shivaïsme. Les Dravidiens développent une théologie sophistiquée à travers le shivaïsme et le jaïnisme. Selon les Purunas, textes dravidiens, c’est le dieu Shiva (le Favorable) qui enseigna aux hommes la religion, la philosophie, les arts et les sciences. Shiva est un éternel adolescent lubrique, dont l’emblème phallique est glorifié dans des cérémonies orgiaques où les chants, les danses et l’ivresse, permettent d’atteindre des états de transe mystique. Il est le dieu de la sexualité et de la procréation, il est aussi celui qui enseigne comment maîtriser la sexualité pour la sublimer en force intellectuelle et spirituelle (kamasoutra). Il invente le Yoga, ses techniques de contrôle physique et mental, ainsi que les rites tantriques qui font de la sexualité une mystique spirituelle. Sur le plan intellectuel, le shivaïsme accompagne le développement de la théologie, de la philosophie et de la musique. Pendant la protohistoire indo-méditerranéenne, l’influence du shivaïsme, véhiculé par le commerce des Dravidiens en Méditerranée, aurait été à l’origine des cultes d’Osiris et de Dyonisos. Les Aryens attaquèrent vivement le shivaïsme et ses emblèmes phalliques, mais la persistance du culte populaire les obligea à les intégrer dans l’hindouisme, dont ils restent une dimension essentielle.

Jaïnisme. Selon la tradition dravidienne pré-aryenne, le fondateur du jaïnisme fut le roi Rishabha, le premier d’une lignée de 24 prophètes dont le 22e, Arishkanemi, est contemporain de la conquête aryenne et le 24e, Mahavira, fut le contemporain du Bouddha, au VIe siècle av. J.-C. : ils partagèrent l’enseignement du même gourou, l’ascète Gosala. Le jaïnisme est une religion morale et athée. Elle ne nie pas la possibilité qu’il existe des êtres transcendants, mais elle nie la possibilité d’un contact avec de tels êtres, ou celle d’avoir une preuve tangible de leur existence. Elle en conclut que soit l’intervention des dieux et du surnaturel ne joue aucun rôle dans la vie des hommes, soit, s’il en joue un, il est impossible de s’en assurer. Il est donc inutile d’en tenir compte. Ses commandements sont donc fort simples : ne pas détruire la vie, ne pas mentir, ne pas voler, ne rien posséder. Le dernier prophète y ajouta un vœu de chasteté. Le premier commandement sur la non-violence entraîne la pratique du végétarisme, pour ne faire souffrir aucun être vivant. Quant au vœu de dénuement, il implique le retrait du monde et une vie d’ascétisme vouée à l’errance et à la mendicité. La théorie de la réincarnation est issue du jaïnisme mais, en l’intégrant au védisme, les Aryens y ajouteront une doctrine de la délivrance.

Védisme. Le védisme, religion originelle des Aryens, deviendra le brahmanisme, en intégrant les religions dravidiennes, puis l’hindouisme, en intégrant le bouddhisme. Veda signifie "savoir" et désigne les textes issus de la tradition orale et rédigés en sanskrit, entre le XVIIIe et le VIIIe siècle av. J.-C. Le Veda est le verbe créateur, incarné en sanskrit, la "langue parfaite". Ce verbe est la parole créatrice représentant l’essence spirituelle de chaque chose, le principe cosmique de l’infinitude, la clef de la compréhension du monde, incarnés par Brahma, Créateur de l’Univers. Les Vedas sont transmis par la caste sacerdotale des brahmanes, qui sont les gardiens des rites. L’ordre cosmique du Dharma ne peut se maintenir que par l’exécution des rites, des sacrifices et des offrandes. Le panthéon védique contient 33 333 dieux qui remplissent, par tiers, les fonctions de prêtres, de guerriers et de producteurs. Parmi ces dieux, Mitra et Varuna (souveraineté spirituelle), Indra (guerre), les jumeaux Ashvin (production de richesse), Agni (le feu du foyer, qui ne doit jamais s’éteindre, centre du culte védique et autel des offrandes) et Soma (un hallucinogène qui sert à des initiations secrètes). Tous ces dieux sont honorés et célébrés grâce aux 80 000 formules liturgiques, ou mantras, contenues dans les Vedas.

Brahmanisme. Entre le VIe et le Ve siècle avant notre ère, le védisme se transforme en brahmanisme sous l’impulsion des brahmanes de la caste sacerdotale. Pour le brahmanisme, c’est l’ignorance qui nous enchaîne au cycle des réincarnations, seule la révélation de l’identité entre l’Atman (l’âme humaine) et le Brahman (le principe cosmique) peut mener à la délivrance. A leurs divinités védiques, les brahmanes ajoutent les esprits des peuples mundas, les croyances dravidiennes, ainsi que toute une population divine conduite par Ganesh, le dieu à tête d’éléphant. Ce nouveau panthéon est dominé par trois dieux principaux : Brahma, le créateur, Vishnou, le conservateur et Shiva, le destructeur. Le brahmanisme contient aussi une théorie des cycles cosmiques où chaque longue période, kalpa, se divise en 4 phases : création, existence, destruction et chaos. Chacune de ces phases se subdivise encore en ères : de fer, de bronze, d’argent et d’or. Selon ces phases, la spiritualité progresse (ère d’or), ou régresse (ère de fer). Pour affirmer leur emprise sur la société, les brahmanes conçoivent des rites de plus en plus complexes, les sacrifices deviennent des hécatombes et engloutissent une part importante des revenus de l’Etat. La puissance des brahmanes est omniprésente.

Bouddhisme. Au VIe siècle av. J.-C., la naissance du bouddhisme est une réaction au rôle étouffant de l’hindouisme et à la hiérarchie paralysante du système de castes, auquel le bouddhisme va opposer un mode de vie communautaire. Il devient religion d’Etat sous l’Empereur Asoka, au IIIe siècle av. J.-C. La dynastie maurya, qui prend de l’assurance avec ses conquêtes et l’extension de son empire, veut combattre le pouvoir de la caste des brahmanes. Elle utilise les temples bouddhistes comme outils de contrôle social en leur confiant le registre des naissances (le recensement permet le calcul des impôts), moyennant le monopole détaxé des obsèques. Le bouddhisme, qui n’a ni clergé centralisé, ni autorité spirituelle unique, s’est développé en un grand nombre d’écoles, dont celle du Grand Véhicule, Mahayana, qui va séculariser ses valeurs dans une doctrine de masse. Mais, en butte à la réalité incontournable du système de castes et incapable d’absorber, comme l’hindouisme, toutes les croyances populaires, le bouddhisme sera dénoncé par les brahmanes comme un totalitarisme. Perdant le soutien politique de la dynastie des Mauryas, qui est remplacée par celle des Guptas, le bouddhisme périclitera en Inde, et en sera chassé au début de notre ère. Il entreprend alors la formidable expansion qui en fera la plus grande religion d’Asie.

Hindouisme. L’hindouisme prend sa forme classique au début de notre ère. Pour retrouver une légitimité, il continue à intégrer les coutumes populaires ainsi que le bouddhisme. Bouddha, qui n’a jamais prétendu être un dieu, va rejoindre le panthéon hindou à une place mineure. Mais l’hindouisme va aussi tirer la leçon de ses excès. La pression religieuse sur la société baisse. Les brahmanes se retirent de la vie publique et se recentrent sur leur idéal d’étude. L’importance des rites diminue et les cultes sont simplifiés. L’influence de la non-violence se traduit par l’arrêt des sacrifices officiels d’animaux et par des démarches plus individuelles d’offrandes (fleurs et nourritures pour les autels, eau pour les purifications) ou de prières (récitation répétitive de mantras). Une grande partie des rites devient également domestique. Enfin, pour unifier toutes ces croyances, l’hindouisme fonde une conception populaire et naïve de la délivrance par la dévotion. La dévotion, bhakti, est un abandon au Dieu suprême et bienveillant, Qui permet à chaque croyant d’entretenir une relation personnelle et mystique à la foi. Ainsi, prenant progressivement le pas sur le formalisme du savoir ou des rites, la dévotion, l’amour et l’abandon à Dieu deviennent les voies privilégiées de la délivrance.

Sikhisme. Ce nouveau courant religieux, issu de l’hindouisme au XVe siècle, est une tentative de synthèse avec l’Islam, dans un monothéisme qui abolit l’ascèse, les rites et les pèlerinages, au profit d’une dévotion commandée par un esprit de justice. Guru Nanak, son fondateur, veut réconcilier Hindous et Musulmans et prêche dans une langue populaire qui associe le panjabi et l’hindi pour être compris de tous. Il crée une religion communautaire et égalitaire dans laquelle il s’emploie à relever le statut des femmes (interdiction de la polygamie). Au XVIIe siècle, le IXe gourou sikh est sommé par les autorités musulmanes de se convertir à l’Islam, et décapité après son refus. Sous la pression des persécutions, son fils réforme la communauté sikhe en une théocratie militaire rigoureusement égalitaire (y compris pour les femmes) qui développe les qualités guerrières des Sikhs (disciples) et qui ajoutent le terme de lion (singh) à leur nom. L’ancien idéal de réconciliation est abandonné pour obtenir l’autonomie du Penjab par une lutte qui opposera les Sikhs aux Musulmans, aux Anglais, puis aux Pakistanais et au gouvernement indien. Dans les années 1980, l’intégrisme sikh s’engage dans le terrorisme, puis la communauté reviendra à ses valeurs morales, centrées sur le travail, qui lui assurent une indéniable réussite économique.

THÉOLOGIE DE LA RÉINCARNATION

Doctrines théologiques de la réincarnation. Selon la doctrine jaïniste, l’âme de chaque homme se réincarne dans une condition spirituelle plus ou moins élevée selon que ses actes auront été justes ou injustes. Les actes d’un homme (une intention est considérée comme un acte psychique) déterminent la trame de son karma : idée qui se situe à mi-chemin entre l’acte et la volonté, marquant la responsabilité de l’homme sur son destin. Cette doctrine est reprise par les Aryens, qui la complèteront avec les idées de Dharma et de Samsara. Le Dharma est à la fois une loi cosmique et un ordre moral, il règle la marche du monde et la vie des hommes. Le Samsara ("couler avec" ou "marche qui revient à l’issue"), est la roue de la causalité qui explique le cycle de la réincarnation. La cause de la réincarnation est le faisceau des actes qui se nouent dans la vie d’un individu (karma). Tous les actes sont des causes qui produisent de multiples effets dans la trame du temps. L’individu doit se réincarner pour assumer les effets des causes qu’il a créées par ses actes. Sa nouvelle existence sera plus ou moins favorisée, dans une caste plus ou moins élevée, selon le poids global, positif ou négatif, de sa vie antérieure. La doctrine védique de la délivrance (nirvana) montrera comment faire cesser les actes et le cycle des réincarnations.

La délivrance et le Nirvana. Les conquérants aryens, qui se sont arrogés un statut dominant, donnent aux peuples asservis la consolation d’une délivrance. Avant les Aryens, les rites et les sacrifices visaient à obtenir les faveurs des dieux : longue vie, nombreuse descendance, richesse. Le brahmanisme instaure l’idée que l’existence est souffrance et qu’il faut chercher à se libérer de la réincarnation. La roue du Samsara permet de s’élever spirituellement par des actions justes et d’améliorer son sort en se réincarnant dans des castes de plus en plus hautes, jusqu’à celle des brahmanes. Les dominants donnent aux dominés l’espoir d’atteindre les castes supérieures, dans des vies ultérieures, et réduisent ainsi les raisons de se révolter contre le système, qui assure la promotion de tous sous la responsabilité de chacun. Parvenu à la réalisation spirituelle, on peut atteindre la délivrance complète, le Nirvana, "extinction" en sanskrit. En choisissant une vie en retrait du monde, on peut cesser d’agir, de créer des causes et rompre la chaîne du Samsara. Le Nirvana, c’est l’extinction du désir, de la haine et de l’ignorance, c’est l’illumination de la conscience, la délivrance de la souffrance et de la réincarnation. Cette idée de délivrance sera reprise dans toutes les religions indiennes, chacune instituant sa propre voie.

Philosophie bouddhiste. Le bouddhisme va développer une vision plus psychologique et plus directe de la délivrance. L’homme est enchaîné à la roue de la causalité (Samsara) et à la réincarnation par Maya, mot qui signifie à la fois réalité et illusion. La réalité étend un voile d’illusion sur l’ego agité par les trois démons du désir, de la haine et de l’ignorance. Pour trouver la délivrance, l’homme doit prendre conscience de Quatre Nobles Vérités : 1) l’universalité de la souffrance (liée à l’incomplétude fondamentale de l’être) ; 2) le fait que la source de la souffrance réside dans l’ego (qui, tiraillé par ses démons, s’épuise dans de vaines quêtes) ; 3) la possibilité de faire cesser la souffrance en prenant du recul par rapport à l’ego (en orientant son activité psychique grâce à des techniques de méditation appropriées) ; 4) la juste voie de la délivrance pour y parvenir (mener une vie juste, vaincre son ignorance et apaiser son esprit). Pour parvenir à la délivrance, il faut prendre conscience du fait que les illusions de l’ego résident principalement dans les finalités illusoires qu’il se donne. Pour échapper aux illusions, il faut s’immerger dans les moyens pour se détacher des fins. Ainsi, le bouddhisme s’épanouit aussi bien dans des pratiques spirituelles, telles que la méditation, que dans des activités quotidiennes ou artistiques qui lui permettent de se relier à l’univers.

L’HINDOUISME

Le panthéon des dieux. L’hindouisme comporte des milliers de dieux et de demi-dieux, mais les cultes se concentrent sur 3 dieux principaux, qui ont chacun de multiples avatars : Shiva, Vishnou et la Mère Divine. C’est la réintégration de la diversité dans une trinité qui symbolise un Dieu unique, infini, à la fois transcendant et immanent, Qui peut revêtir des milliers d’apparences ou de noms, selon les sectes. Entre le XVIe et le XVIIe siècle, l’hindouisme est influencé par le monothéisme islamique et la mystique soufie, pendant que les musulmans cultivés s’adonnent à la philosophie indienne. Avec la colonisation anglaise, au XIXe siècle, Ramakrishna incorpore à l’hindouisme des notions empruntées au christianisme. Il insiste sur l’aspect syncrétique des religions et l’universalité de la Bhakti, voie de la dévotion. Son disciple, Vivekananda, donne une forme philosophique globale à son œuvre et fonde la Ramakrishna Mission, qui finance de nombreuses œuvres sociales et oriente l’hindouisme vers une vocation universelle. L’hindouisme se distancie ainsi du système des castes et de sa méthode (intégrer les croyances extérieures et les cultes populaires en leur donnant des rites hindous), pour pratiquer un prosélytisme missionnaire : faire de l’hindouisme une religion universelle.

Vers un nationalisme hindouiste ? Depuis le début du siècle, des transformations structurelles favorisent une évolution nationaliste, voire intégriste, de l’hindouisme. Le temple hindou traditionnel, financé par les communautés et leurs notables, est un élément des réseaux de pouvoir indien. Pendant le XIXe et le XXe siècle, les Etats princiers et l’administration anglaise vont absorber ces réseaux en les mettant sous une tutelle administrative, à la fois pour en rationaliser la gestion, éviter les détournements de biens publics, ainsi que pour en prendre le contrôle. Ce contrôle financier, qui conditionne les dépenses festives et rituelles, normalise de fait les cérémonies religieuses. Avec la suppression constitutionnelle du système des castes, la législation permet également aux membres des basses castes d’avoir accès aux temples dont ils étaient exclus. Les charges rituelles héréditaires sont progressivement transférées au secteur public et beaucoup de brahmanes suivent maintenant un enseignement délivré dans des écoles créées par l’Etat. Toutes ces mesures favorisent l’émergence d’une religion nationale homogène, qui surmonte la diversité des croyances et des cultes locaux en contribuant à forger une conscience nationale. Le nationalisme religieux hindou est né.

Phénomènes de masse. L’édition, le cinéma et la télévision ont favorisé l’unification religieuse à travers l’iconographie, les films mythologiques et les séries TV, qui reprennent des thèmes traditionnels, comme l’épopée du Ramayana. Ce phénomène accompagne la montée d’une classe moyenne aux aspirations spirituelles modernistes. Sur ce nouveau marché, des gourous à la mode commercialisent de nouvelles démarches relayées par les médias. Pèlerinages et cérémonies collectives sont facilités par le développement des transports. Pour la bourgeoisie urbaine, les conférences en anglais, les séminaires de spiritualité syncrétique, se multiplient. Le yoga passe du statut de discipline du salut, à celui de technique antistress destinée aux citadins. L’organisation d’entreprises religieuses très lucratives déborde le cadre de l’Inde et exporte l’universalisme hindouiste ou bouddhiste en Occident. Après les années 1970, où les hippies occidentaux se rendaient dans les ashrams indiens, ce sont maintenant les gourous qui s’exportent, surtout dans le monde anglo-saxon, et parachèvent la fusion entre hindouisme et mystique New Age. Il ne s’agit pas de proposer l’hindouisme comme une religion à laquelle tous les autres peuples devraient se convertir, mais comme une doctrine universelle qui permet d’intégrer toutes les croyances !

La politisation anti-musulmane. La conséquence de tous ces phénomènes de massification et d’émergence d’une identité hindouiste, est la politisation des mouvements religieux. Depuis l’indépendance, les mouvements nationalistes font élire des religieux à la députation. Des liens très étroits sont tissés entre le BJP, parti nationaliste, et la Vishva Hindu Parishad, l’Association Hindoue Universelle, qui pratique l’activisme religieux. Cette organisation tente de constituer un clergé officiel, un corps de missionnaires, un catéchisme, des dogmes centralisés. Elle se manifeste par des pèlerinages de masse, notamment vers Ayodhya, nouvelle Ville Sainte, symbole de l’affrontement avec l’Islam. Cet activisme nationaliste tente de s’ancrer à travers une dérive raciste et antimusulmane qui a suscité une dynamique d’affrontement entre Hindous et Musulmans. Au début des années 1990, ces conflits intercommunautaires, très médiatisés, ont fait craindre, en cas de succès des partis nationalistes, une dérive vers l’affrontement généralisé et vers une remise en cause de la politique d’ouverture de l’Inde. Ces prévisions alarmistes ne se sont pas réalisées, les Hindous, dans leur grande majorité, n’ont pas suivi cette politique de violence et le BJP n’a pas réussi la percée politique massive attendue.

Tendances. Pour l’instant, le nationalisme hindou a échoué. Les partis politiques, qui ont progressé électoralement en lui faisant barrage, sont des mouvements qui expriment des intérêts régionaux ou des intérêts de caste. Comme dans toute son histoire, la diversité religieuse de l’Inde l’a emporté sur son unité. Mais l’hindouisme n’en continue pas moins à baigner la société indienne d’une spiritualité qui développe son emprise. L’hindouisme contemporain continue de fédérer les sectes et de renforcer une organisation centralisée qui attire également les gourous modernes en quête de légitimité et de reconnaissance. L’hindouisme maintient également son influence sur l’accomplissement personnel, sur l’économie et le politique. Il est du devoir religieux de chaque Hindou d’assurer l’avenir matériel de sa famille mais, une fois cette obligation accomplie, après la maturité, il suit l’idéal des hautes castes et prépare son accomplissement spirituel. Même si tous les chefs de famille ne deviennent plus ascètes dans leur vieillesse, beaucoup de cadres supérieurs choisissent la voie spirituelle en fin de carrière. Les valeurs spirituelles tempèrent la soif de richesses qui s’est actuellement emparée de l’Inde. Les idéaux de savoir et d’accomplissement spirituel favorisent une modération des mœurs économiques.

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