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Théologie chrétienne

Civilisation Latine 2

mercredi 16 juillet 2014, par Bernard NADOULEK

Le monothéisme chrétien

En adoptant le christianisme comme religion d’Etat, l’Empire Romain introduit le monothéisme au cœur de la civilisation latine. Ce Dieu Unique à au moins trois caractéristiques. 1/ Il est transcendant, c’est-à-dire qu’Il est au-delà du temps et de l’espace puisqu’Il les a créés. Dieu est donc éternel et partout. 2/ Dieu est un être personnel, doué d’une conscience, d’un dessein et d’une volonté, puisqu’Il nous a créés "à Son image". 3/ Dieu est doté d’une infinité d’attributs, trop vaste à concevoir pour nos esprits limités, mais deux de Ses attributs suffisent à expliquer la Création : Dieu est omnipotent (Il peut tout) et omniscient (Il sait tout). Dans l’Ancien Testament, Jéhovah est un Dieu de justice, mais aussi de vengeance. Il décrète la guerre sainte contre ceux qui adorent les idoles, participe à la bataille et applique la maxime "œil pour œil, dent pour dent". Le Nouveau Testament va changer cette image guerrière en décrivant un Dieu d’amour. A la guerre sainte, le Christ oppose la non-violence et le pardon des offenses. A la conception des Hébreux pour lesquels le bien est à lui-même sa propre récompense et le mal sa propre punition, le Nouveau Testament promet une vie après la mort, un paradis consolateur pour les justes et les humbles, ainsi qu’un enfer pour les méchants.


La Bonne Nouvelle

Avec le Nouveau Testament, le monothéisme opère le passage d’un Dieu Unique à une Sainte Trinité composée du Père, du Fils et du Saint Esprit. Jésus-Christ, Fils de Dieu, est né d’une vierge, Marie, fécondée par l’Esprit Saint. Dieu S’est incarné pour renouveler Son alliance avec les hommes. A l’âge d’homme, le Christ réunit des disciples, prêche l’amour, le pardon et fait des miracles. Le message du Christ suscite à la fois l’espoir des humbles et l’hostilité des puissants, car il abolit toutes les distinctions entre les hommes : juifs et non juifs, riches et pauvres, justes et pécheurs, publicains et prostituées, tous sont des enfants de Dieu. L’écho de sa prédication et les troubles qu’elle provoque en Judée, dans le climat de révolte politique des Juifs contre l’occupant romain, suscitent la crainte des autorités qui veulent éviter l’affrontement. Trahi et arrêté, le Christ est condamné à la crucifixion, puis il ressuscite trois jours après sa mort. Par sa mort, il prend sur lui tous les péchés du monde et, par sa résurrection, il offre à l’humanité le Salut universel en Dieu. "Dieu S’est fait homme pour que l’homme puisse se faire Dieu". Le Nouveau Testament universalise une promesse de salut, offerte à toute l’humanité. La religion de l’amour et du pardon est née.

La Sainte Trinité

Après trois siècles de persécutions contre le christianisme, celui-ci devient religion d’Etat de l’Empire Romain, au IVe siècle. La première controverse théologique du christianisme triomphant concerne le passage du dogme du Dieu Unique de l’Ancien Testament à celui de la Sainte Trinité des Evangiles. Le christianisme transforme le Dieu Unique de la Bible en une trinité où coexistent Dieu (le Père), le Christ (le Fils) et le Saint Esprit (souffle de la parole divine). Comment expliquer cette remise en cause du premier commandement sur l’unicité de Dieu ? Comment expliquer la Sainte Trinité ? Y a-t-il unité ou hiérarchie entre le Père, le Fils et le Saint Esprit ? La fondation de ce dogme provoquera un siècle d’affrontements théologiques, de conciles, une hérésie, une répression sanglante et la confrontation des Eglises d’Occident et d’Orient. Au début du IVe siècle, Arius, un prêtre d’Alexandrie, déclenche la querelle en donnant une explication rationalisée de la Sainte Trinité : le Christ est un homme touché par la grâce de Dieu, comme les prophètes de l’Ancien Testament ; il est subordonné au Père puisque qu’il a été créé par Lui, qu’il est né et qu’il est mort, alors qu’au contraire, l’essence du Père est éternelle. De même, le Saint Esprit est subordonné au Fils, comme le Fils est subordonné au Père.

Le credo de Nicée-Constantinople

Selon Arius, la Sainte Trinité est donc une hiérarchie d’instances, inégales en essence et en gloire : Seul le Père est le Dieu Tout Puissant. Le Fils est un prophète, et le Saint Esprit, une émanation du souffle prophétique. Face à Arius, Saint Athanase réplique que le Fils possède une nature de même essence que Celle du Père. La controverse s’étend rapidement : de la nature du Christ (humaine ou divine ?), elle passe au statut du Saint Esprit, puis à celui de Marie (mère de l’homme ou Mère de Dieu ?). L’hérésie arianiste enflamme les esprits durant un siècle, elle provoque des affrontements et des massacres. Il faudra neuf conciles et deux scissions pour définir le dogme, entre les conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381) : "Le Christ a été engendré et non pas créé, il est né du Père avant tous les siècles et il est de même nature que Lui. Dieu est trine et Dieu est un". A travers cette bataille théologique, l’Eglise crée un pouvoir centralisé, une hiérarchie sacerdotale et une méthode conciliaire de validation des dogmes. Après avoir mené une telle bataille pour imposer son dogme et construit une telle machine de pouvoir, l’Eglise va-t-elle unifier ses doctrines. Elle va, u contraire, accumuler des doctrines contradictoires dans tous les domaines. Comment expliquer ce paradoxe ?

Le paradoxe des premiers et des derniers

Dans la parabole du jeune homme riche, qui n’a jamais péché mais qui refuse d’abandonner tous ses biens pour le suivre, le Christ affirme qu’il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer au paradis, il affirme que les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers. Au contraire des religions antiques qui voient dans la richesse une faveur des dieux, le Christ voit dans la richesse matérielle un obstacle à l’épanouissement spirituel. Même message dans la parabole du fils prodigue. Celui-ci a dilapidé son héritage avec des prostituées, mais il est accueilli par son père qui tue pour lui le veau gras, alors que son frère, qui a sans cesse travaillé, n’a jamais été récompensé. En nombre d’occasions, le Christ manifeste clairement sa préférence pour la foi du pécheur repenti, aux dépens de celle du chrétien qui accomplit ses devoirs. On comprend qu’une religion révolutionnaire prenne le parti des réprouvés, on comprend plus mal qu’elle accorde systématiquement sa préférence au pécheur, au détriment des croyants qui suivent ses commandements. Ces paraboles nient les valeurs sociales d’effort et de réussite et remettent en cause le salut que Dieu promet à ceux qui suivent Ses commandements. Pourquoi ?

Un modèle paradoxal d’universalité

Jésus prêche le détachement des biens de ce monde. Plus encore, il relativise la valeur du travail, à travers l’idée que Dieu pourvoit à tout : "Regarde ces oiseaux qui ne sèment ni ne moissonnent". Même si nous comprenons la préférence du Christ pour les valeurs spirituelles, tout comme l’importance du repentir et du pardon, comment lutter contre le mal si le pécheur peut échapper aux conséquences de ses fautes ? La seule réponse possible est que l’universalité d’une religion de masse ne peut être fondée que sur la promesse du salut aux plus pauvres et aux plus réprouvés d’entre tous. Une religion fondée sur la réussite et la morale des croyants ne peut être qu’une religion minoritaire d’élus. Il y a peu de riches par rapport au nombre de pauvres et il y a moins de justes que de pécheurs. Pour être universelle, une religion doit donc être celle des plus pauvres et des plus réprouvés, ainsi elle est ouverte à tous. Pour atteindre l’universalité, une religion doit apporter le salut aux miséreux et, moyennant un repentir sincère, donner la possibilité du pardon et du salut au pire d’entre tous. Ce qui laisse la porte ouverte à toutes les transgressions, moyennant un repentir opportun. Mais échapper à ses responsabilités est aussi une condition de l’universalité !

L’intendance des biens de Dieu

Une autre condition est nécessaire à l’universalité : disposer de toutes les doctrines pour agir en toutes circonstances ! C’est pourquoi, après la phase initiale de détachement matériel, l’Eglise va construire d’autres doctrines économiques pour justifier la richesse. Initialement, les Apôtres et les premiers chrétiens développent un idéal communautaire et collectiviste qui perpétue ce refus de la richesse. Mais, à partir du IVe siècle, l’Eglise triomphante se met à accumuler beaucoup de richesses : propriétés foncières des églises et des monastères, dîme perçue à l’échelle européenne, dons des fidèles, etc. Elle deviendra la principale puissance foncière et financière d’Europe. Parallèlement, pour éviter le mysticisme des moines qui conduit aux hérésies, St Benoît institue sa double règle de l’oraison et du labeur. Les travaux des moines et les revenus agricoles s’ajoutent aux revenus de l’Eglise qui sera la première puissance économique de l’Europe, du Ve au XVe siècle. Une nouvelle doctrine revalorise alors le travail et la richesse, en insistant sur les obligations sociales du riche qui doit œuvrer au service du bien commun, faire la charité et devenir "l’intendant des biens de Dieu" sur terre. L’église légitime sa propre richesse.

Un modèle d’universalité doctrinale

Cette tendance à l’accumulation de doctrines contradictoire ne se limite pas au domaine de l’économie mais, au contraire, s’étend à tous les domaines, concernant les besoins et les préoccupations de l’Eglise (par exemple, sur la guerre et sur la politique), même lorsqu’elle reprend des idées condamnées par le passé. Plus encore, toutes ces doctrines contradictoires restent simultanément présentes dans le patrimoine théologique, sans que l’Eglise ne tente de trancher comme elle a su le faire sur le problème de la Sainte Trinité. Pourquoi ? Tout se passe comme si l’une des conditions principales de l’universalisme chrétien était de disposer des doctrines les plus diverses, pour pouvoir s’adapter en toutes circonstances. L’histoire et la providence étant imprévisibles, une religion universelle doit pouvoir disposer d’un ensemble de théories valables en tout temps, en tous lieux. Toujours cette ambiguïté doctrinale, consubstantielle à la civilisation latine. Enfin le christianisme, doctrine initialement subversive qui suscitera trois siècles de persécutions contre les premiers chrétiens, parvient à s’instaurer comme religion d’Etat de l’Empire Romain et à s’assurer d’un pouvoir temporel sans équivalent.

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